Le Comité de Suivi mis en place par les cadres originaires de la localité, présidé par Carl Mihindou Mi Nzambe a rendu le 6 septembre dernier un rapport sur la dotation spéciale de 1 300 000 000 FCFA accordée par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema au département de la Douigny, à la commune de Moabi et au district de Mourindi.
Le rapport révèle ses premiers résultats, mais aussi ses premières difficultés. En effet et pour rappel, cette enveloppe s’inscrit dans le cadre des sept milliards de FCFA débloqués par le chef de l’État en faveur de la province de la Nyanga en 2024.
Avant sa mise en œuvre, les ressortissants du département résidant à Libreville s’étaient d’abord concertés pour déterminer les priorités, avant d’aller présenter les projets retenus aux populations de Moabi et des villages du département.
Selon le document, cette démarche a été menée « avec l’approbation des populations des quartiers de la Commune de Moabi, des villages du département de la Douigny et du district de Mourindi, consultées du 5 au 8 septembre 2024 ».
Ce travail de terrain a été porté par deux structures bénévoles, un Comité de Suivi composé de cadres de la Douigny et un Groupe de Travail chargé de vérifier les coûts des offres des entreprises. Le rapport insiste sur l’engagement de ces cadres, qui « ont travaillé bénévolement et à leurs frais durant deux ans », multipliant les réunions à Libreville puis dans les villages du département durant tout le mois de septembre 2024.
Six projets validés, le volet agricole en tête
Six projets ont finalement été retenus et validés par le ministre de l’Agriculture de l’époque, Jonathan Ignoumba. Le plus important, le projet agricole et de valorisation des produits du terroir, concentre à lui seul 870 millions de FCFA, soit plus des deux tiers de l’enveloppe globale.

Viennent ensuite la réhabilitation des plateaux techniques du centre médical de Moabi, du centre de santé de Mourindi et l’équipement du dispensaire de Dougassou, pour 180 millions de FCFA, le renforcement des capacités des établissements scolaires pour 80 millions de FCFA, la réhabilitation de l’hydraulique villageoise et urbaine pour 65 millions de FCFA, le siège de la société agricole SACOM et son espace de stockage pour 70 millions de FCFA, et enfin l’appui aux communautés religieuses et traditionnelles pour 35 millions de FCFA.
Pour désigner les entreprises chargées d’exécuter ces projets, le Comité de Suivi a choisi la voie de l’appel d’offres, en rupture avec la position du Coordonnateur provincial qui, selon le rapport, « avait estimé qu’il n’était pas nécessaire de faire des appels d’offres ».
Lancé à Libreville en octobre 2024, cet appel d’offres a donné lieu à une ouverture des plis en plénière le 3 novembre 2024. Les entreprises retenues, prioritairement dirigées par des filles et fils de Moabi, sont notamment GABTEC pour la réhabilitation des plateaux médicaux, GBT Infrastructures pour le renforcement des capacités scolaires ainsi que pour le siège et les entrepôts de la société agricole, et CETRA pour l’hydraulique urbaine et villageoise.
Plusieurs autres entreprises, dont IRMAT BTP, CEBEV, Taty Construction, Diesel Gabon et Peintugab, se sont partagé les travaux d’appui aux communautés religieuses et traditionnelles. Toutes ont été payées directement par la Caisse de Dépôts et de Consignation (CDC) entre février et septembre 2025.

Des tracteurs et des bulldozers pour désenclaver Moabi
Le volet agricole s’est traduit par un investissement matériel de grande ampleur. Achetés auprès d’un fournisseur chinois, les engins et équipements ont coûté au total 390 670 171 FCFA, une fois intégrés les frais de douane, de transit et d’acheminement jusqu’à Moabi.
Le parc acquis compte un bulldozer, une niveleuse, une tractopelle, un camion benne, deux camions frigorifiques, trois véhicules pick-up, un tracteur agricole avec son attelage, des camionnettes, des tricycles à benne, des tarières et des motopompes, sans oublier du matériel de sécurité et du mobilier de bureau.
Selon le rapport, ces engins « participent aujourd’hui au désenclavement routier de Moabi », ayant notamment permis la réouverture du tronçon reliant Moabi à la montagne Dinzambou puis à Moungola, désormais praticable en toute saison.
Des travaux sont par ailleurs en cours sur la route du canton Douami-Mouembi, en partenariat avec le Conseil départemental, afin de favoriser le retour des populations ayant quitté leurs villages.
Ce volet agricole repose sur une structure originale, la Société Agricole Communautaire de Moabi, une société par actions simplifiée à capital variable, ouverte à tout moment à l’actionnariat des filles et fils de Moabi, de la province et d’autres investisseurs.
Immatriculée en mai 2025, elle a permis d’employer plus de 134 salariés lors de la première haute saison agricole, pour une masse salariale mensuelle de 23 millions de FCFA, ramenée à 12 millions de FCFA en période de basse saison.
Des réalisations saluées, mais des paiements suspendus
Sur le plan sanitaire, le projet de réhabilitation des plateaux techniques du centre médical de Moabi a été livré au ministre de la Santé, le Professeur Adrien Mougoungou, avec toutes les garanties de conformité : bloc opératoire, laboratoire d’analyses médicales, plateau de stomatologie, radiologie et échographie, garantis un an et assortis d’un service après-vente.
Le fonds de roulement de la société agricole a permis un fonctionnement normal de l’entreprise de juillet 2025 à mai 2026, avant que les paiements de la Caisse de Dépôts et de Consignation ne soient suspendus « suite à l’audit de la Task-Force dans la Nyanga », précise le rapport. Cette suspension retarde aujourd’hui le versement des salaires du personnel, alors que la Caisse dispose encore de 59 millions de FCFA dans ses livres, en attendant la première récolte des dix-sept hectares de bananiers et des quinze hectares de manioc plantés par la société.
Pour les autres projets, un rapport détaillé a été remis le 30 avril 2026 au Coordonnateur provincial, le ministre Jonathan Ignoumba, distinguant les entreprises ayant correctement réalisé et livré leurs travaux de celles dont les chantiers restent inachevés, voire n’ont jamais démarré. Le Comité de Suivi relève d’ailleurs que ce sont précisément ces entreprises défaillantes qui ont depuis été convoquées par le Vice-Président du Gouvernement, dans la foulée de l’audit mené par la Task-Force dans la Nyanga.
Marie Dorothée
