AGROPAG : retrait du PCA et non démission, une gouvernance sous tension freine les ambitions de la société

Censée être le fer de lance de la politique de souveraineté alimentaire du Gabon, la Société Agro-Pastorale du Gabon (AGROPAG) traverse une période de fortes turbulences. Selon une source interne à la Direction générale d’AGROPAG, plusieurs blocages administratifs, budgétaires et organisationnels ralentiraient le fonctionnement de cette entreprise publique créée pour développer la production agricole et pastorale nationale. La même source affirme que ces difficultés affectent désormais aussi bien les activités de production que la situation sociale du personnel.

Premier point de clarification apporté par cette source : le président du Conseil d’administration (PCA), Raymond Ndong Sima, n’a pas démissionné de ses fonctions car il n’y a aucun document officiel de démission. Contrairement aux informations ayant circulé ces derniers jours, il se serait simplement mis en retrait après avoir attiré l’attention des administrateurs sur plusieurs dysfonctionnements observés dans la gouvernance de l’entreprise. Selon cette source, il s’agirait d’un retrait destiné à marquer ses réserves sur le fonctionnement actuel de la société, et non d’une renonciation officielle à ses responsabilités.

Créée dans le cadre de la réorganisation du secteur agropastoral, AGROPAG a hérité des missions et des actifs de l’ancienne Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG), dissoute par décision gouvernementale le 26 février 2026. Cette réforme visait à regrouper au sein d’une structure unique les moyens humains, matériels et financiers nécessaires pour accroître la production nationale et contribuer à la réduction des importations alimentaires.

Or, selon cette source interne, cette dynamique se serait progressivement essoufflée. L’un des principaux points de blocage concernerait le processus budgétaire. Un budget consolidé pour l’exercice 2026 aurait été élaboré dès le mois de janvier puis transmis à la Direction générale le 16 mars. Toutefois, il n’aurait toujours pas été examiné ni adopté par les instances compétentes. Cette absence de validation empêcherait l’entreprise de disposer d’un cadre financier lui permettant d’assurer le paiement des salaires, l’acquisition des intrants, la poursuite des investissements et le fonctionnement normal des différents sites de production.

De plus, un calendrier avait été arrêté afin de présenter ce budget au Conseil d’administration du 2 juillet 2026. Une présentation préalable au PCA devait intervenir le 25 juin, suivie d’une séance d’amendement le 27 juin et de la remise d’une version définitive le 29 juin. Aucun de ces rendez-vous n’aurait été respecté et le budget n’aurait finalement jamais été présenté aux administrateurs.

Les conséquences seraient déjà perceptibles sur le terrain. La source évoque un ralentissement de plusieurs projets agricoles ainsi que des difficultés dans les filières avicole et bovine. Concernant l’aviculture, AGROPAG avait réussi, selon les éléments consultés par notre rédaction, à commercialiser ses premiers poulets dès 2025. Mais l’absence de mise à disposition des chambres froides et des équipements de conservation aurait entraîné un prolongement des périodes d’élevage, augmentant les coûts d’alimentation et conduisant à l’annulation d’une nouvelle bande de production.

Le projet bovin, présenté comme l’un des investissements structurants de l’entreprise, continuerait quant à lui de se déployer sur plusieurs sites, notamment à Ndendé, Ntoum, Okoloville et Oyem. Si des pertes de bétail et des difficultés de suivi auraient été enregistrées sur certains sites, la source interne souligne qu’il serait inexact de parler d’un échec du programme. Elle estime que le cheptel demeure opérationnel et que la prochaine étape devrait être le lancement du programme d’insémination destiné à développer la production laitière.

La même source attire également l’attention sur la question du transfert des actifs de l’ex-SAEG. Véhicules, tracteurs, matériels agricoles, équipements de production, comptes bancaires et personnel devaient être transférés à AGROPAG afin de permettre à la nouvelle structure de remplir pleinement ses missions. Or, ce transfert ne serait toujours pas effectif dans son intégralité, limitant les capacités opérationnelles de l’entreprise malgré les investissements consentis par l’État.

Au-delà des aspects matériels, la gouvernance interne suscite également des interrogations. Selon cette source, plusieurs décisions adoptées par le Conseil d’administration concernant la relance des activités, l’organisation administrative ou encore le transfert des actifs resteraient, plusieurs mois après leur adoption, sans application concrète. Cette situation créerait un décalage entre les orientations arrêtées par les administrateurs et leur mise en œuvre effective.

Les difficultés auraient également des répercussions sur le climat social. Des retards dans le paiement des salaires de 4mois déjà , des incertitudes administratives et une démotivation croissante du personnel alimenteraient les inquiétudes au sein des équipes. Si aucune solution n’est rapidement trouvée, ces tensions pourraient compromettre davantage encore les objectifs assignés à AGROPAG.

Malgré ce tableau préoccupant, la source estime que les difficultés actuelles ne remettent pas en cause le potentiel de l’entreprise. Elle considère qu’une clarification rapide de la gouvernance, l’adoption du budget 2026, l’exécution des décisions du Conseil d’administration et le transfert effectif des actifs permettraient de relancer les projets agricoles et pastoraux, conformément aux ambitions affichées par les pouvoirs publics en matière de souveraineté alimentaire.

À ce stade, les informations rapportées reflètent la position d’une source interne à la Direction générale d’AGROPAG. Les autres responsables concernés, notamment la Direction générale et les instances de gouvernance de l’entreprise, pourront apporter leurs observations afin d’éclairer davantage l’opinion sur cette situation.

Antoine Relaxe

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Vous aimez l'article? Merci de le partager.