Dans une tribune libre, le président du Syna-Cnss (Syndicat national des agents de la Caisse nationale de sécurité sociale) et Secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Gabon (Fétrag), Jocelyn Louis Ngoma, a dressé un réquisitoire lucide et sans concession sur les conditions humaines et logistiques, à la base de l’organisation des premières élections professionnelles au Gabon, dont le 2ème tour est annoncé pour ce 13 mai 2026.
Pour Jocelyn Louis Ngoma, le syndicalisme gabonais ne peut être compris sans un retour à ses origines. Issu d’un contexte de parti unique, il s’est construit dans une proximité structurelle avec le pouvoir politique, au détriment d’une véritable autonomie fondée sur la représentation effective des travailleurs.
« Cette proximité, souvent informelle mais structurellement déterminante, contribue à fausser la concurrence syndicale et à verrouiller l’accès à une représentativité authentiquement démocratique », affirme le président du Syna-Cnss, dans un écosystème où la création des syndicats et confédérations syndicales à la ‘’solde’’ et particulièrement pléthorique, a été longtemps encouragée et entretenue à dessein.
Dans ce contexte marqué par la ‘’collusion’’ et la ‘’promiscuité’’ coupables entre le politique et les acteurs syndicaux, le dialogue social devient structurellement déséquilibré. Il est porté par des acteurs dont la légitimité sociale est parfois faible, mais dont la reconnaissance administrative leur confère un poids disproportionné, a-t-il dénoncé.
Les élections professionnelles : une intention juste, une mise en œuvre fragile
Selon le Secrétaire général de la Fétrag, les élections professionnelles pourtant conçues pour rééquilibrer le système en réaffirmant un principe simple : la souveraineté des travailleurs comme élément fondamental et déterminant de la représentativité syndicale, seraient bien loin de produire les résultats escomptés au Gabon.

Sur le plan théorique, le dispositif est cohérent. Il permet la participation des salariés syndiqués et non syndiqués, et repose sur une représentation proportionnelle des suffrages exprimés.
« Mais sa mise en œuvre révèle des insuffisances majeures : manque de coordination nationale, absence d’harmonisation des dispositifs, insuffisance de formation des acteurs, faible présence d’observateurs indépendants et garanties de transparence inégalement appliquées », déplore Jocelyn Louis Ngoma, qui fait observer que dans plusieurs cas, l’organisation matérielle des scrutins a été laissée à des acteurs directement impliqués, fragilisant la crédibilité du processus.
Un système qui reproduit ses propres déséquilibres
Cette situation ne relève pas uniquement de dysfonctionnements techniques. Elle traduit une logique plus profonde de reproduction des équilibres existants, croit savoir le président du Syna-Cnss.
« Lorsqu’un système institutionnel produit des avantages implicites pour certains acteurs, il tend naturellement à résister aux réformes qui remettraient en cause ces équilibres. Les ajustements restent alors superficiels, sans transformation réelle des fondements », s’indigne-t-il.
Saupoudrage
Les ajustements marginaux ne suffisent plus aux yeux de Jocelyn Louis Ngoma qui suggère que tant que la légalité administrative continuera de se substituer à la légitimité sociale, et tant que les mécanismes de contrôle resteront perméables à des logiques de connivence institutionnelle, la représentativité restera partiellement artificielle.
C’est dire combien le président du Syna-Cnss reste sceptique quant à l’efficacité du processus électoral en cours, au point de se demander s’il faut se contenter de « réformer à la marge un système qui se protège lui-même, ou en repenser les fondements pour rétablir la primauté de la base sociale ? ».
M.-O. Mignonne
