Les événements qui se sont succédés ces derniers mois sur la scène politique gabonaise et dont le point d’orgue a été l’inauguration, le 3 mai 2026, devant un parterre de chefs d’Etat et d’invités de marque, du « palais Omar Bongo Ondimba », cité de la démocratie nouvelle version, ont consacré, dix-sept ans après la disparition de l’illustre homme d’Etat, le retour aux avant-postes du Parti Démocratique Gabonais (PDG, ancien parti au pouvoir), formation politique qu’il créa le 12 mars 1968, à Koula-Moutou dans la province de l’Ogooué-Lolo (sud-est du pays).
Curieusement absent ces derniers temps de l’arène politique , l’Union démocratique des bâtisseurs, (UDB, au pouvoir) , le parti politique du président de la République , Brice Clotaire Oligui Nguema, a lui continué d’observer son inexplicable discrétion, là où certains s’attendaient qu’il affiche le dynamisme qui sied à une formation politique qui détient non seulement une écrasante majorité à l’assemblée nationale et au sénat, mais qui contrôle, également , la plupart des mairies et conseils départementaux du pays.
Les “Bâtisseurs”, en dépit des consignes reçues, semble-t-il , de leur hiérarchie , n’ont vraiment pas été à la hauteur de l’événement. On s’attendait qu’après la somnolence des derniers mois, ils donneraient toute la mesure du soutien qu’ils apportent au chef de l’Etat. Ils se sont contentés, face à l’intense mobilisation organisée par la bande à Blaise Louembe , d’animer un débat dont ce n’était manifestement pas le cadre le plus approprié.
Cette énième occasion a donc encore été manquée dans le camp des Bâtisseurs, Et cela fait de plus en plus débat dans la République. Les interrogations fusent. Ce parti peut-il vraiment accompagner le chef de l’Etat? D’autre part, chacun a bien vu que le Parti Démocratique Gabonais , tel le phénix, est né de nouveau de ses cendres. Alors que ses dirigeants rasaient les murs au lendemain du coup de libération, et que le parti lui-même semblait voué sinon à disparaître, du moins à connaître une longue hibernation, le voilà à présent auréolé de tous ses droits. Il a de nouveau le droit, sans restriction, de jouer dans la même cour que les autres.
Sans doute, de là où il se trouve, Omar Bongo Ondimba a dû apprécier à sa juste valeur cette renaissance, d’autant qu’elle a eu lieu en présence de 1500 invités de marque, dont ses enfants nés d’Edith Lucie Bongo, et du patriarche Dénis Sassou Nguesso, leur grand-père. Le Parti démocratique gabonais , ne saurait être durablement déconnecté des héritiers ou de la famille d’Omar Bongo Ondimba.
Beaucoup de ceux qui ont assisté à la cérémonie d’inauguration ont compris que le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, après quelques hésitations fort compréhensibles, accepte désormais d’inscrire son action dans la continuité de celle du natif de Lewaï. Non sans y apporter sa touche personnelle, qui le lui reprocherait?, une manière de prendre en compte le fameux discours d’Omar Bongo de 2007, qui dressait un bilan critique de ses 40 ans de règne, et aussi d’acter que le Gabon a changé.
Le Gabon d’aujourd’hui n’est pas en tous points semblable à celui d’il y a 20 ans. Pour autant, le président Oligui Nguema n’en a pas fini avec le PDG. Quelle place entend-il lui donner dans son attelage politique ? Quelle place occupera-t-il par rapport aux autres formations politiques qui soutiennent l’action du chef de l’Etat, et en tout premier lieu l’UDB?
Le PDG a montré de longue date qu’il est bien implanté dans le pays, sans doute mieux que tous les autres partis. A trop le laisser faire, ne se sentira-t-il pas pousser les ailes? Blaise Louembe, son président, n’a pas hésité à déclarer le 22 mars dernier à occasion de la célébration du 22 mars en différé « nous allons prendre le pouvoir en 2030 ». Quels sont ceux qui étaient concernés par ce “Nous”? S’il est normal que le PDG aspire à revenir un peu plus aux affaires, il n’est pas moins normal que ce soit celui qui leur a tendu la main, en l’occurrence le Président de la République, qui fixe le cadre et les missions qu’il confie à chacun.
Camille Boussoughou
