Quelques journalistes présents © D.R
À l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, l’Association des professionnels de l’information et de la communication du Gabon (APIC-Gabon) a dressé un état des lieux sans complaisance de la situation du secteur médiatique national. Réunis le 03 mai à Libreville, journalistes, communicants et étudiants, ont , pris part à une rencontre marquée par des échanges francs, parfois préoccupants, mais résolument tournés vers l’avenir de la profession.
Dès l’ouverture des travaux, le président de l’APIC-Gabon, Abel Eyeghe Ekoré, a donné le ton. Inscrivant son propos dans le cadre du thème mondial : « façonner un avenir en paix », il a tenu à rappeler une réalité de plus en plus perceptible, la liberté de la presse au Gabon est aujourd’hui confrontée à de sérieuses turbulences. Un constat appuyé par des faits récents qui continuent d’alimenter les inquiétudes au sein de la profession.
Parmi ces faits, la suspension, le 17 février 2026, de plusieurs plateformes numériques majeures, notamment le WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok et YouTube, par la Haute autorité de la communication (HAC), sans qu’aucun calendrier de rétablissement ne soit communiqué. À cela s’ajoute l’ordonnance n°0011/PR/2026, signée en avril dernier, qui impose l’identification obligatoire des utilisateurs en ligne, criminalise le simple partage de contenus jugés sensibles et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement pour les contrevenants.

Le président d’APIC-Gabon, Abel Eyeghe Ekoré durant son allocution le 3 mai à Libreville © D.R
Si l’APIC-Gabon reconnaît la nécessité d’encadrer l’espace numérique, elle estime néanmoins que ces mesures, dans leur forme actuelle, portent atteinte aux libertés fondamentales. L’association plaide ainsi pour une révision en profondeur de ces dispositions, afin de concilier régulation et respect des droits.
Au-delà des textes, l’APIC a également mis en lumière des situations concrètes illustrant les défis auxquels sont confrontés les professionnels. Le cas d’Harold Leckat, directeur de publication de Gabon Media Time, reste emblématique. Interpellé le 15 octobre 2025 à son arrivée à l’aéroport Léon-Mba delibreville, à la suite d’une formation financée par l’Union européenne (UE), il a été placé en détention pendant dix-huit jours pour ce que plusieurs experts juridiques qualifient de simple différend commercial. Une affaire qui, pour l’APIC, n’est pas isolée et témoigne d’un climat préoccupant.
L’association affirme toutefois son engagement à accompagner ses membres, dans la discrétion mais avec détermination, face à ces situations.
La rencontre a également été enrichie par les interventions de deux experts. Boursier Tchibinda, vice-président de l’APIC et spécialiste des médias sociaux, a alerté sur les dangers croissants de la désinformation, amplifiée par les outils d’intelligence artificielle. Il a insisté sur l’impératif de rigueur dans le traitement et la vérification de l’information, condition essentielle à la crédibilité des médias.
De son côté, le professeur Anaclet Ndong Ngoua, journaliste et enseignant-chercheur l’Université Omar Bongo, a mis en avant la nécessité d’instaurer des conventions collectives solides. Selon lui, seule une structuration efficace du cadre professionnel permettra de garantir aux journalistes des conditions de travail dignes et sécurisées.
Au terme de près de trois heures d’échanges nourris, un message clair se dégage : face aux mutations technologiques, aux pressions réglementaires et aux défis économiques, la profession doit se mobiliser, s’organiser et faire entendre sa voix. Plus qu’un simple bilan, cette Journée internationale de la liberté de la presse aura été, pour l’APIC-Gabon, un véritable appel à la vigilance et à l’action collective.
Antoine Relaxe
