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Notre société a-t-elle perdu ses repères ? (Libre tribune par Michel Ndong Esso )

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Nous avons coutume de célébrer les pères sans avoir à méditer les symboles de la paternité. Une faute lourde qui vaut à notre société tous les maux décriés aujourd’hui.

Dans une société équilibrée, la figure paternelle est la gardienne des valeurs cardinales. Elle est le lien entre le présent et ce passé ancestral vanté dans nos us et coutumes. Le père incarne avant tout l’autorité et la bienveillance indispensables à la famille. Or, au gré des événements qui font l’actualité, ces valeurs sont sérieusement menacées d’extinction. La montée de la violence juvénile et la perdition des mœurs familiales sont la preuve accablante d’une société sans repères, en quête d’une émancipation mal assumée. Cette tendance indique bel et bien une crise des symboles de la paternité. Certains y voient l’expression de la démission collective des pères. Lorsque l’école et la collectivité échouent dans leurs missions pédagogiques, elles se retournent en effet vers la famille, pour condamner les pères en premier. Mais si ce procès contre les pères peut captiver, il n’expliquera pas à lui seul la déchéance des symboles de la paternité.

A y regarder de près, le mal de la paternité est plus profond que la simple démission parentale. Certes, la famille est reconnue comme l’élément fondamental de la société, mais au-dessus d’elle se trouve la collectivité. A travers la pyramide des normes, l’Etat se situe au sommet des valeurs qui fondent la société. Il incarne la figure paternelle par essence.

En effet, lorsque Hobbes conçoit le Léviathan, il lui donne les attributs de la paternité. L’autorité et la bienveillance exigées aux pères sont garanties par la personne de l’Etat. S’il n’y a pas de paternité sans autorité, il n’y a pas non plus d’autorité sans Etat. En claire, l’Etat se situe en amont des chaînes de valeurs reconnues aux pères.


Cette lecture des faits nous aide à comprendre la crise des symboles paternels comme une crise de l’autorité publique en premier ressort. L’autorité des pères n’est rien en l’absence de l’autorité des lois. En d’autres termes, la déchéance des symboles paternels commencent au cœur même de l’Etat.

 

Plus que par le passé, notre société est séduite par la négation des valeurs républicaines. Les principes qui sous-tendent l’édifice public sont malmenés et contournés au gré des intérêts particuliers. La résurgence des déviances administratives et de l’impunité consolident cette lecture. Ni les lois, ni la morale ne semblent capables de dissuader ceux qui s’écartent de l’orthodoxie. Nous sommes bien en face d’un processus de désinstitutionalisation du pouvoir politique. Car, si la gabegie et la corruption ont autant de succès, c’est bien parce que l’Etat a concédé de sa puissance aux individus. Pour mieux dire, les individualités ont pris le dessus sur la république.

Mis à mal, l’Etat donne ainsi l’image d’un père amputé de ses prérogatives. Défait de son autorité, il ne peut non plus exercer la bienveillance sur ces citoyens. Pire, il se retrouve captif par ceux-là même qui sont censés le servir. Le drame de la paternité au Gabon commence là : l’Etat est tel un père vacillant. Déchu par ses propres administrés, il agonise sous le poids de l’enrichissement illicite, du népotisme et de toutes les autres formes de mal gouvernance.

Cette déchéance de l’Etat a pour conséquence immédiate la désorganisation du lien social. Comme au sein d’une famille, l’absence d’autorité fait le lit à la défiance et à la désinvolture. Tels des enfants sans père, les citoyens ne savent plus obéir. A tort ou à raison, ils soupçonnent l’imposture dans les actes des gouvernants. Qu’ils soient devenus paranoïaques, ce n’est que l’expression de la paralysie de l’Etat. En l’absence du père, les enfants se portent tous les coups. Les plus forts dictent leur loi et les plus faibles subissent, ou résistent s’ils le peuvent. Ni pères, ni lois, telle est la consigne de l’état de nature.

C’est ici que Rousseau revient à l’actualité. La force ne fait pas droit. Au droit l’on doit l’obéissance tandis qu’à la force l’on se soumet par simple contingence. C’est ici aussi que Hegel nous parle. Notre système politique axé sur la désinstitutionalisation du pouvoir contient les germes de sa propre destruction. En choisissant d’apprivoiser l’Etat, nous compromettons notre propre survie en tant que Nation. Nous rendons incertaine la transmission des valeurs qui font l’identité d’un peuple. Les symboles de la paternité et les valeurs qui s’y rattachent reposent sur le culte de la puissance publique.

 

Michel Ndong Esso se présente comme un analyste politique. Il a participé à l’animation du plateau Ici l’Afrique sur la chaîne câblée Gabon 24. Il a par ailleurs signé quelques tribunes politiques dans le journal en ligne Gabonreview. Enseignant de philosophie, il est diplômé de l’Université Omar Bongo (U.O.B) et de l’Ecole Normale Supérieure (E.N.S) de Libreville.

 

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