Gabon : les visites à la prison centrale toujours interdites, seuls les riches peuvent recevoir la nourriture dimanche

Contrairement à une note du Commandement en Chef de la sécurité pénitentiaire datée du 18 mai, les familles des détenus qui se sont rendues ce dimanche à la prison centrale de Libreville se sont vus refuser l’accès à leurs parents malgré un permis de communiqué et un test covid valide, annonce un communiqué de l’ONG SOS Prisonniers Gabon (SPG) qui s’indigne par ailleurs du refus d’approvisionner les détenus moins nantis alors que ceux réputés être riches peuvent continuer à recevoir le dimanche nourriture et autres petits moyens de survie.

Selon le communiqué, l’administration pénitentiaire a modifié sans informations les dates d’approvisionnement des détenus « pauvres ». Ils ne peuvent recevoir de la famille la nourriture et autres petits moyens autorisés les lundi, mercredi et vendredi. Ceux réputés être riches peuvent recevoir leur paquetage familial tous les jours. Une discrimination qui viole les droits de l’homme, s’insurge l’ONG dirigée par Lionel Engonga lui-même ancien détenu.


Voici l’intégralité du communiqué :

« Ce dimanche 23 mai 2021, aux alentours de 11h, une équipe de SOS Prisonniers Gabon (SPG) s’est rendue du côté de la Prison Centrale de Libreville (PCL) pour vérifier l’effectivité de la reprise des visites aux prisonniers. 

Grande fut notre surprise de constater que les visites ne sont pas réellement effectives, comme annoncé dans la note du Commandement en Chef de la sécurité pénitentiaire, en date du 18 mai.

En effet, SPG a constaté que certaines familles qui venaient avec un test Covid-19 ne se sont pas vues délivrer un permis de communiquer de l’administration pénitentiaire pour les prisonniers condamnés. D’autres, qui avaient des permis de communiquer et le test Covid-19, comme la famille de Bertrand Zibi Abeghe n’ont pas pu avoir accès à leur parent incarcéré.

Et, pour les personnes qui sont en attente de jugement (détention préventive), le tribunal de Libreville ne délivre pas encore de permis de communiquer.

SOS Prisonnier Gabon déplore la situation constatée, et invite l’administration pénitentiaire et le gouvernement à clarifier et appliquer le droit de visites dans les prisons de l’ensemble du Gabon.

Autre fait constaté sur place, comme une cerise sur le gâteau : les familles et proches qui sont venues avec des approvisionnements destinés aux prisonniers ont été refoulées avec leurs marchandises, sous prétexte que les jours des dépôts des approvisionnements sont désormais les lundi, mercredi et vendredi.

L’administration fait comprendre qu’il n’y a que les prisonniers nantis, qui sont dans les quartiers annexe 1,2 etc, qui peuvent recevoir leurs colis ce dimanche. Quant aux autres prisonniers, ils ne peuvent plus recevoir des approvisionnements le dimanche. 

SPG condamne cette discrimination entre prisonniers que l’administration pénitentiaire organise.

De même, SOS Prisonniers Gabon condamne le fait que l’administration pénitentiaire prenne des mesures sans au préalable faire un communiqué officiel sur le changement des jours d’approvisionnement des détenus.

Il a fallu que les gens se rendent ce matin à la prison centrale pour avoir cette information ! L’information est véhiculée de bouche à oreille par les agents de la sécurité pénitentiaire.

Aucune note officielle destinée aux visiteurs, ni note de service ne sont affichées à la prison centrale sur le changement de jour de dépôt de marchandises.

Les mamans ont préparé à manger pour leurs enfants incarcérés… et une fois à la prison centrale, elles vont apprendre que les jours pour apporter à manger aux prisonniers ont changé, sauf pour les prisonniers riches. Comment peut-on gérer une administration avec autant de légèreté ?

SPG invite le ministère de la Justice, chargé des droits de l’homme, à une meilleure gestion des détenus et des familles qui viennent à la prison centrale… »

Camille Boussoughou


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