Décès d’Hervé Bourges, un des derniers dinosaures blancs qui aimaient l’Afrique

Hervé Bourges, grande figure de l’audiovisuel français, grand défenseur de la francophonie et grand ami de la presse africaine, est décédé dimanche 23 février à l’âge de 86 ans.

Hervé Bourges est décédé dans un hôpital parisien, entouré de son épouse et de proches, a notamment indiqué à l’AFP Olivier Zegna-Rata, qui fut son directeur de cabinet au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Journaliste, patron successif des chaînes de télévision TF1, France 2 et France 3, et de radio, Hervé Bourges avait été à la tête du (CSA) de 1995 à 2001. Il notamment été directeur général de RFI en 1981. Quelques années auparavant, en 1970, il avait dirigé l’École supérieure de journalisme de Yaoundé.

Outre ses rôles éminents dans les médias, Hervé Bourges fut aussi un militant anti-colonialiste du temps de la guerre d’Algérie, un amoureux de l’Afrique et un fervent défenseur de la francophonie.

Né le 2 mai 1933 à Rennes (Ille-et-Vilaine, nord-ouest) et benjamin d’une famille de 11 enfants, il fut diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ) en 1955. Sa vie fut ensuite un long parcours entre médias, politique et même diplomatie, un temps ambassadeur de France auprès de l’Unesco.

Il avait signé en 2012 un dernier documentaire L’Algérie à l’épreuve du pouvoir, avec le réalisateur Jérôme Sesquin.

C’est en Algérie et en Afrique qu’Hervé Bourges, selon ses mots, « a tout appris ».  Journaliste à Témoignage chrétien, engagé contre la colonisation, il a écrit plusieurs ouvrages autobiographiques sur l’Algérie, pays qui lui tenait à coeur. Entre 1962 et 1965, Hervé Bourges a été conseiller du président algérien Ahmed Ben Bella, le premier président de la République algérienne.

« Je l’ai rencontré, il était avec Khider, Aït Ahmed, Boudiaf et Bitat. C’étaient les cinq chefs de la révolution algérienne, dont l’avion avait été détourné le 20 octobre 1956. Je les voyais à la demande d’Edmond Michelet, le ministre de la Justice du général de Gaulle qui me demandait d’entretenir des relations avec eux. Ce que j’ai fait… », avait-il déclaré à RFI à la mort de Ben Bella en 2012, qui lui avait même confié une mission secrète de réconciliation avec son frère ennemi, Hocine Aït Ahmed, qui avait pris le maquis.

Mais l’ « Algérie nouvelle » aura aussi un goût amer pour Hervé Bourges. Resté dans son pays d’adoption après la chute de Ben Bella, il est arrêté en 1966, interrogé pendant 40 heures par les services de sécurité algériens, et torturé.

Proche de François Mitterrand comme de Jacques Chirac, Hervé Bourges était l’auteur, parmi de nombreux ouvrages, d’un Dictionnaire amoureux de l’Afrique, continent dont il avait appris à connaître, disait-il, « les dirigeants et les opposants, les artistes, les intellectuels » et aussi de nombreuses recettes de cuisine.

Antoine Relaxe & rfi.fr

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