À l’occasion de la première rentrée solennelle des établissements membres de la Conférence des grandes écoles et universités privées du Gabon, le professeur émérite Bonaventure Mvé Ondo a prononcé une leçon inaugurale vendredi 30 octobre 2026 à l’université nord de Libreville, consacrée à la professionnalisation et à la diversification des formations dans l’enseignement supérieur.
Elle s’est tenue sur le thème « quel enseignement supérieur privé pour quelle société ? ». Le philosophe a appelé à repenser les finalités de la formation, en mettant davantage l’accent sur les compétences, l’innovation et la capacité des jeunes à contribuer au développement du pays.
L’enseignement supérieur gabonais est à un tournant. Face à l’évolution du marché de l’emploi, aux mutations économiques et aux nouvelles exigences du monde professionnel, la question de l’adéquation entre les formations dispensées et les besoins réels du pays s’impose avec acuité.
C’est autour de cette problématique que le professeur Bonaventure Mvé Ondo, philosophe, professeur émérite et ancien vice-recteur et recteur de l’Université Omar-Bongo, a articulé sa leçon inaugurale lors de la première rentrée solennelle des établissements membres de la Conférence des grandes écoles et universités privées du Gabon.
D’entrée de jeu, l’universitaire a posé trois interrogations fondamentales : « pourquoi formons-nous ? pour quel monde préparons-nous notre jeunesse ? Et quelle société voulons-nous construire grâce à cette formation ? ». Des questions qui, selon lui, doivent guider toute réflexion sur l’avenir de l’enseignement supérieur.
Pour Bonaventure Mvé Ondo, le diplôme universitaire ne peut plus être considéré comme une garantie automatique d’insertion professionnelle. Si celui-ci demeure indispensable, les transformations de l’économie et la progression du nombre de diplômés imposent désormais de distinguer clairement le diplôme, la compétence et l’emploi.
Le diplôme sanctionne un parcours académique, tandis que la compétence traduit la capacité à mobiliser des connaissances dans des situations concrètes. Quant à l’emploi, il dépend également du dynamisme économique, de l’investissement et des possibilités offertes par les entreprises.
Dans cette perspective, le professeur estime que l’enseignement supérieur ne doit pas seulement préparer les jeunes à occuper un poste. Il doit également développer leur esprit d’initiative, leur capacité de jugement et leur aptitude à apprendre tout au long de leur vie.
L’universitaire a notamment insisté sur la nécessité de ne pas opposer culture générale et formation professionnelle. La philosophie, l’histoire, les sciences humaines et les disciplines fondamentales demeurent essentielles pour former des professionnels capables de comprendre les enjeux humains, sociaux et environnementaux de leurs décisions.
Abordant la question de la professionnalisation, le conférencier a mis en garde contre une conception réductrice qui consisterait à ajouter quelques enseignements pratiques aux programmes théoriques.
Une véritable professionnalisation suppose, selon lui, une articulation cohérente entre les savoirs, les savoir-faire et la capacité à évoluer. Elle nécessite également des stages pertinents, un encadrement adapté, une évaluation des expériences professionnelles et des partenariats réellement opérationnels avec les entreprises.
À ce titre, il a salué la convention récemment signée entre la Conférence des grandes écoles et universités privées du Gabon et Ecobank, qu’il considère comme une initiative encourageante pour rapprocher le monde académique du secteur économique et faciliter notamment le financement des études.
Toutefois, il a rappelé qu’une convention ne saurait constituer, à elle seule, la preuve d’une coopération réussie. « la valeur d’un partenariat ne se mesure pas à la cérémonie de signature, mais aux capacités qu’il permet de développer et aux résultats qu’il rend possibles », a-t-il souligné. L’enjeu est donc de préparer les étudiants non seulement aux métiers existants, mais aussi à ceux qui émergeront des mutations technologiques et économiques.
Autre axe majeur de cette leçon inaugurale était celui de la diversification des filières de formation. Pour Bonaventure Mvé Ondo, celle-ci ne doit pas simplement répondre aux besoins actuels du marché du travail. Elle doit également contribuer à faire émerger de nouveaux secteurs d’activité et à transformer structurellement l’économie gabonaise.
Il a ainsi évoqué les besoins en techniciens, ingénieurs et spécialistes de la maintenance pour accompagner le développement industriel. La transformation locale du bois nécessite, quant à elle, des compétences en ingénierie, en conception, en logistique et en gestion durable.
L’agriculture et l’agroalimentaire appellent également des formations spécialisées en agronomie, transformation, conservation et distribution. À ces secteurs s’ajoutent le numérique, la santé, le tourisme, les services, l’environnement, la logistique et les industries culturelles.
Mais cette diversification doit être maîtrisée. Le professeur a notamment mis en garde contre la multiplication des filières sans équipements, sans ressources humaines qualifiées ni capacités pédagogiques suffisantes.
« Notre objectif ne doit pas être de multiplier les diplômes, mais de construire une offre pertinente, exigeante et durable », a-t-il insisté.
Pour lui, la véritable ambition consiste à faire de l’enseignement supérieur un instrument de transformation économique, capable de valoriser les ressources naturelles et humaines du Gabon.
Dans son intervention, Bonaventure Mvé Ondo a également tenu à rappeler la place stratégique des établissements privés dans le paysage national de l’enseignement supérieur. Loin d’être de simples structures complémentaires, les grandes écoles et universités privées constituent, selon lui, des acteurs à part entière du système éducatif gabonais. Leur capacité d’initiative et leurs relations avec certains secteurs économiques peuvent contribuer à élargir l’offre de formation et à répondre aux besoins spécifiques du pays.
Cette position implique toutefois des responsabilités importantes, celles de garantir la qualité des enseignements, renforcer la gouvernance, développer les partenariats avec les universités publiques, les centres de recherche, les entreprises et les collectivités.
Le philosophe a également rappelé que l’étudiant ne saurait être considéré comme un simple client et le diplôme comme un produit commercial. L’enseignement supérieur reste avant tout une mission au service de la jeunesse et de la société.
En conclusion, le professeur Bonaventure Mvé Ondo a défendu une conception humaniste de la professionnalisation. Pour lui, le Gabon ne doit pas uniquement former des diplômés capables d’exécuter des tâches, mais des femmes et des hommes capables d’analyser les situations, de prendre des initiatives, d’innover et d’assumer les conséquences de leurs décisions.
Il ne s’agit donc pas de reproduire systématiquement des modèles conçus ailleurs, mais de développer une capacité nationale à comprendre, adapter et concevoir des solutions répondant aux réalités gabonaises.
« Le Gabon n’a pas seulement besoin de diplômés supplémentaires. Il a besoin de femmes et d’hommes capables de transformer les connaissances en solutions, les ressources en richesses durables, les idées en initiatives et les possibilités en réalisations », a-t-il conclu.
Camille Boussoughou

Le Pr Bonaventure Mvé Ondo durant sa leçon inaugurale © D.R
