En compagnie d’une vingtaine de journalistes francophones venus d’Afrique – du Gabon, du Tchad, de Guinée et de l’île de La Réunion – j’ai eu le privilège de visiter le Big Data Center de Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine. C’est le plus grand des 8 hubs nationaux de calcul que compte le pays de Xi Jinping.
Ici, nos hôtes nous ont plongés dans le rêve sans nous faire entrer dans le cœur du système. Secret défense oblige. Mais depuis la salle d’exhibition, tout est futuriste.
Sur des écrans géants, un jeune guide aux allures d’humanoïde nous présente l’outil, encastré, selon lui, dans les profondeurs des nombreuses montagnes de la région. Le choix n’est pas anodin. A Guizhou, la température moyenne annuelle est de 15°C, la structure géologique est stable – pas de séisme majeur depuis des années – et l’air est pur. Objectif : assurer un refroidissement quasi-naturel du super-calculateur et réduire la facture énergétique.
C’est la stratégie nationale baptisée « Dong Shu Xi Suan » – les données de l’Est, calculées à l’Ouest. Pékin déplace son infrastructure numérique vers l’Ouest, moins peuplé et plus frais, pour faire tourner l’intelligence artificielle qui se développe à grande vitesse sur la côte Est.
Le centre que nous visitons est officiellement entré en service en 2021. C’est le centre nerveux de l’économie numérique chinoise. Toutes les stratégies d’avenir y sont pensées : développement urbain, agriculture, tourisme, télécommunications, santé, e-gouvernance. C’est le noyau de l’intelligence artificielle à la chinoise. En la matière, la Chine rivalise désormais frontalement avec les USA.
Les entreprises qui font vivre le mastodonte
Dans le hall d’exhibition que nous avons arpenté avec un appétit sans limites, China Telecom et Huawei s’affichent fièrement. Mais ils sont loin d’être seuls.
Guizhou, désignée dès 2016 première Zone Pilote Nationale pour le Big Data par la Commission Nationale pour le Développement et la Réforme, a attiré tous les poids lourds.
Selon des données obtenues de diverses sources, aujourd’hui, plus de 49 centres de données sont en opération ou en construction dans la seule province. Le parc de Guiyang, la capitale provinciale, a attiré à lui seul 1.355 entreprises, dont 60% liées au Big Data, pour un chiffre d’affaires de 69 milliards de yuans en 2024. Le secteur a contribué à 23% de la croissance du PIB provincial et créé 450.000 emplois. La croissance de l’économie numérique du Guizhou est la première de Chine depuis 7 années consécutives.
Moteur économique d’une province qui n’a rien d’une province
Guizhou n’a rien d’une province pauvre et reculée. Les immeubles poussent comme des champignons malgré un relief montagneux. La population dépasse les 38 millions d’habitants. Les touristes affluent du monde entier, attirés par le pont de Beipanjiang, le plus haut pont du monde avec ses 565 mètres au-dessus de la vallée, et par ses paysages karstiques classés à l’UNESCO. La ville a d’ailleurs accueilli des épreuves des Jeux Olympiques de 2008.
Si les touristes s’attardent sur la beauté de la ville, Pékin mise sur son avenir avec le développement sans cesse de son super-calculateur, déjà capable de traduire en action la simple pensée d’un humain.
La démonstration la plus spectaculaire nous a été offerte par notre guide via notre consœur de la télévision publique de la Guinée, Nounoussou Diakité.
La journaliste a été invité à tenter l’expérience de faire cuire des pop-corn par intelligence articifielle juste en y pensant. Assise sur une chaise, un bandeau numérique vissé sur la tête, elle a vu les pop-corn sautiller de la marmite dans la chaleur a été déclenchée par la pensée humaine.
Selon les explications obtenu de notre guide, le système Brain-Computer Interface a capté son intention et a déclenché la machine. Toute la délégation a dégusté avec plaisir et amusement les pop-corn cuits par intelligence artificielle.
Pour beaucoup, sinon tous, c’était la première expérience vécue en live de la nouvelle révolution industrielle : celle qui voit la machine s’exécuter rien que par la pensée de l’homme. L’expérience nous a amené à comprendre qu’ici, dans les montagnes de Guizhou, la Chine ne stocke pas seulement des données. Elle stocke son futur.
Yves Laurent Goma, envoyé spécial de Gabonactu.com à Guiyang (Guizhou)
