À trois mois de l’échéance fixée au 1er janvier 2027, le dossier du poulet de chair prend une nouvelle tournure. Alors que le Gabon prépare l’arrêt des importations afin de favoriser la production locale, les États-Unis ont interpellé Libreville au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Réuni le 18 septembre dernier à Port-Gentil, le Conseil des ministres a pris acte de cette démarche et demandé au gouvernement de préparer une stratégie destinée à défendre les intérêts du pays tout en évitant un éventuel contentieux commercial.
Pour autant, l’échéance annoncée ne semble pas remise en cause. Le gouvernement affirme poursuivre les préparatifs sur le terrain, avec la volonté de faire progressivement du poulet produit au Gabon une alternative aux importations. Gninga Chaning Zenaba , ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PMI-PME est venue rappeler la position de l’exécutif « Nous sommes en phase pratique… La décision a été prise, elle est souveraine (…) le Gabon ne reculera pas. » a-t-elle martelé . Une ligne qui traduit la volonté de Libreville de maintenir sa décision tout en ouvrant le dialogue avec ses partenaires commerciaux.
Derrière cette bataille commerciale se trouve surtout un chantier beaucoup plus vaste celui de la souveraineté alimentaire. Pour être en mesure de réduire les importations dès janvier prochain, le Gabon doit disposer d’une production nationale suffisamment importante pour répondre à la demande. Le Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole (POUFA) constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. Le dispositif prévoit notamment l’accompagnement de 150 fermes avicoles locales réparties sur les neuf provinces du pays.
Sur le terrain, les autorités assurent que la mécanique se met progressivement en place. En août dernier, le ministère de l’Agriculture a signé un cahier des charges avec la Centrale d’achat du Gabon pour sécuriser l’approvisionnement des producteurs en intrants. Le programme prévoit notamment l’acquisition de 3 millions de poussins d’un jour, 14 000 tonnes de provendes et des produits vétérinaires destinés aux exploitations retenues. Les premiers arrivages étaient annoncés pour la fin septembre et le début octobre.
«La deuxième action, c’est que nous sommes en train de mettre la stratégie de commercialisation pour faire en sorte également que ces produits qui vont sortir de nos entrepreneurs nationaux avicoles puissent directement trouver un marché.» a-t-elle ajouté
Mais au-delà de la capacité à produire, reste la question de la commercialisation. Le gouvernement veut éviter qu’une baisse des importations ne se traduise par une pénurie ou une envolée des prix. La stratégie annoncée consiste donc également à structurer les entreprises nationales et à organiser les débouchés pour que les volailles produites localement puissent effectivement atteindre les consommateurs. En mai 2026, les autorités avaient par ailleurs annoncé plus de 775 milliards de FCFA d’investissements dans plusieurs projets destinés à accélérer la production avicole et à développer les infrastructures de la filière.
Célestin Nzenguet , Directeur général du Commerce affirmé que « Une notification a été préparée qui doit être soumise à l’ensemble des membres de l’OMC pour des raisons de transparence et d’équité dans le cadre de la mise en œuvre de cette mesure. Et à ce jour, une task force a été mise en place, qui est sous le gouverne des ministres du commerce, ministre des affaires étrangères, ministre de l’agriculture et le ministre de l’économie, pour voir l’ensemble des contours qui pourraient être abordés et pour une mise en œuvre harmonieuse de cette mesure》. a-t-il expliqué
Face à Washington, Libreville entend désormais jouer sur deux tableaux : défendre sa politique de soutien à une filière nationale et respecter le cadre du commerce international. Le Conseil des ministres a ainsi annoncé l’élaboration d’une stratégie reposant notamment sur les exceptions prévues par les accords de l’OMC et sur la négociation diplomatique. De son côté, le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, affirme que le Gabon n’a pas été condamné par l’OMC et que le gouvernement prépare sa stratégie juridique et diplomatique.
Le compte à rebours est donc lancé. Au 1er janvier 2027, le véritable verdict se jouera moins dans les déclarations que dans les élevages, les marchés et les assiettes. Le Gabon devra démontrer qu’il peut produire suffisamment, maintenir des prix accessibles et structurer une filière compétitive, tout en défendant sa décision devant ses partenaires commerciaux. Une équation à plusieurs inconnues, mais dont le gouvernement assure avoir déjà commencé à poser les bases.
Tryphene Lembah
