Une locomotive de la SETRAG © DR
Un conflit interne oppose deux camps rivaux pour le contrôle du Syndicat du personnel de la Société d’exploitation du Transgabonais (SYCAT), sur fond d’accusations croisées d’ingérence et de manœuvres jugées illégales par les deux parties, selon des documents consultés par Gabonactu.com
À l’origine du différend : une Assemblée générale extraordinaire (AGE) tenue le 11 juin 2026, au cours de laquelle les deux tiers du Bureau exécutif du SYCAT ont voté la destitution de son président, Davi-Glen Ntandou Bikouta, pour « perte de confiance », invoquant des faits de collusion avec la direction de l’entreprise. Une pétition interne, dont se prévaut la plateforme SYCAT-FETRAG-SETRAG, aurait ensuite recueilli plus de 300 signatures sur 476 adhérents en faveur de cette décision.
Mais cette destitution est contestée. Dans un courrier daté du 10 août, la Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (CSTG) a désigné M. Ntandou Bikouta comme « unique représentant légal » du SYCAT, s’appuyant sur des conclusions de l’Inspection du travail qui qualifieraient l’AGE de juin de réunion d’une « frange dissidente ». Le lendemain, la direction générale de la SETRAG a, dans une note de service, suspendu le bureau sortant du dialogue social, invoquant un « non-respect des statuts » et un « bicéphalisme » syndical.

Ces deux prises de position ont déclenché une riposte immédiate de la plateforme SYCAT-FETRAG-SETRAG, qui revendique représenter la quasi-totalité du personnel de l’entreprise ferroviaire, filiale du groupe minier Eramet. Dans une déclaration commune publiée le 14 août, elle dénonce une « ingérence sans précédent » de l’employeur et de la confédération, qu’elle accuse d’avoir agi en violation de la liberté syndicale.
Le texte conteste en particulier la portée juridique de l’avis de l’Inspection du travail, rappelant que celle-ci n’est pas une juridiction et que seul un juge du travail serait compétent pour statuer sur la régularité de l’AGE. Il fait aussi valoir qu’un entretien tenu début août entre l’Inspection et la CSTG se serait déroulé sans que le nouveau bureau ait pu être entendu.
Autre argument avancé par la plateforme : une désaffiliation « immédiate et irrévocable » aurait été notifiée à la CSTG, privant selon elle la confédération de toute légitimité pour se prononcer sur la représentativité du SYCAT.
Face à cette situation, la plateforme SYCAT-FETRAG-SETRAG annonce le dépôt prochain d’un préavis de grève et exige l’annulation de sa suspension du dialogue social, la reconnaissance de son bureau exécutif ainsi que le retrait du courrier de la CSTG et de la note de la direction de la SETRAG. Elle indique également saisir l’Organisation internationale du travail (OIT) pour des manquements allégués aux conventions 87 et 98 sur la liberté syndicale et le droit de négociation collective.
La direction de la SETRAG et la CSTG n’ont pas pu être jointes dans l’immédiat pour confirmer leur version des faits.
La SETRAG, concessionnaire du chemin de fer Transgabonais, achemine notamment le manganèse extrait par la Comilog, filiale d’Eramet, entre la ville minière de Moanda située dans le sud du pays et le port d’Owendo (banlieue de Libreville).
Marie Dorothée
