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Le ministère gabonais de l’Intérieur a annoncé samedi la suspension « à titre conservatoire » du directoire de l’Église évangélique du Gabon (EEG), la plus ancienne communauté protestante d’Afrique centrale, plongée depuis quelques jours dans une crise de gouvernance opposant deux prétendants à sa présidence.
Dans une décision datée du 15 août, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation justifie cette mesure par « des risques avérés de troubles à l’ordre public, eu égard aux remous qui ont émaillé ce processus électoral » lors du synode national de fin et de renouvellement de mandat de l’EEG.
Le texte fait état d’un rapport des services de la Direction de la sécurité publique des Forces de police nationale, ainsi que d’une saisine en annulation déposée par les révérends Isaïe Zue Moto et Moïse Ovono Menie, tous deux candidats à la présidence, contestant la nomination du révérend Jean Daniel Allogo Essimengane.
Le ministère évoque des craintes de « débordements, atteintes aux biens, à l’intégrité physique des personnes ainsi qu’une perturbation plausible de la tranquillité publique ».
En conséquence, il est « interdit à tout membre du directoire actuel d’organiser ou de participer à toute activité de direction ou de gestion » au sein de l’Église ordonne le ministère.
Une administration provisoire et collégiale, confiée aux « Sages » de l’EEG, devra assurer la gestion des affaires courantes et organiser, dans un délai maximal de trois mois, les consultations en vue de la constitution d’un nouveau bureau, a décidé le gouvernement.
Le ministre « en appelle à la sérénité de l’ensemble des parties afin de restaurer la sérénité au sein de l’Église évangélique du Gabon et préserver la quiétude de nombreux fidèles ».
Une succession contestée depuis des mois
Cette suspension intervient au terme d’un feuilleton institutionnel entamé dès juillet. Le synode de renouvellement, initialement prévu du 20 au 26 juillet à Baraka-Mission, avait été reporté sine die par le président sortant, le révérend Louis-Sylvain Allogo-Engo, invoquant un besoin d’« apaisement, de prière et de dialogue » face aux vives controverses entourant la succession à la tête de l’institution.
Une audience accordée entretemps par le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema à une délégation de l’EEG avait par ailleurs nourri des accusations d’ingérence politique dans le processus.
Réuni à nouveau début août à Libreville, le synode n’était toujours pas parvenu à trancher entre les révérends Jean Daniel Allogo Essimengane et Moïse Ovono Menie, seuls candidats en lice après une série de désistements.
Le 10 août, faute de consensus, le révérend Allogo-Essimengane a finalement été désigné président par le présidium du synode, en application des textes réglementaires de l’Église, et installé le jour même à Baraka-Mission lors d’une passation de charges avec son prédécesseur.
Mais deux jours plus tard, le 12 août, son rival Moïse Ovono Menie s’est à son tour fait installer comme président, affirmant avoir été « plébiscité » par le synode la veille de sa clôture.
L’EEG s’est ainsi retrouvée, selon la presse locale, avec deux présidents en fonction à quarante-huit heures d’intervalle, une situation inédite pour une communauté forte de plus de 20 000 fidèles qui aborde son 185e anniversaire dans une position particulièrement fragile
Fondée au XIXe siècle, l’Église évangélique du Gabon avait déjà connu par le passé de graves crises internes ayant fragilisé son unité, malgré un réseau important d’œuvres sociales et éducatives dans le pays.
La suspension prononcée par les autorités ouvre désormais une période transitoire de trois mois, dont l’issue déterminera si l’institution parvient à se doter d’une direction unique et reconnue de tous.
Marie Dorothée
