Réseaux sociaux : Réguler dans le respect des libertés (APSAD)

L’Alliance pour la promotion sociale et l’aide au développement (APSAD) a présenté, samedi à Libreville, un rapport de plaidoyer consacré aux libertés civiques et numériques au Gabon. Présent à la cérémonie, les membres de la société civile, journalistes et experts en plaidoyer ont formulé plusieurs recommandations destinées à améliorer la gouvernance du numérique et à renforcer la protection des droits fondamentaux. Ce plaidoyer intervient dans un contexte marqué par la suspension temporaire des réseaux sociaux, les difficultés d’accès à Internet et l’entrée en vigueur de l’ordonnance du 8 avril 2026 relative à la régulation des plateformes numériques.

L’atelier de restitution du rapport s’est articulé autour de deux panels. Le premier, consacré aux relations entre l’État, les communautés et les droits humains, a été animé par le magistrat hors catégorie, Dr Pierre Ndong Aboghé. Le second, intitulé « Réseaux sous surveillance : monitoring des plateformes numériques, entre régulation et liberté », a été conduit par le journaliste et entrepreneur, Uriel Abaga.

Fruit de deux mois de consultations menées auprès d’organisations de la société civile, de journalistes, de blogueurs, d’opérateurs économiques du numérique et d’institutions publiques, ce rapport dresse un état des lieux des libertés civiques et numériques dans le pays.

Selon l’APSAD, les différentes restrictions imposées soulèvent des interrogations quant au respect des libertés garanties par la Constitution et par les engagements internationaux du Gabon. L’organisation reconnaît les avancées institutionnelles enregistrées avec la mise en place de la Cinquième République, mais estime qu’une transition démocratique ne peut être pleinement réussie sans un espace civique et numérique ouvert, sécurisé et respectueux des droits des citoyens.

Articulations

Le rapport de l’APSAD met en évidence quatre principales préoccupations : l’absence de mécanismes transparents encadrant les restrictions des réseaux sociaux, le développement d’un climat d’autocensure parmi les acteurs du débat public, les pertes économiques subies par les professionnels du numérique et un cadre juridique encore éloigné des standards internationaux en matière de libertés numériques.

Pour y remédier, l’organisation recommande de mettre fin aux suspensions généralisées des réseaux sociaux, de réviser les dispositions jugées disproportionnées de la réglementation en vigueur, de renforcer l’indépendance de la Haute Autorité de la Communication (HAC), d’améliorer la transparence des décisions publiques et d’instaurer un dialogue permanent entre les autorités, la société civile et les acteurs du numérique.

L’APSAD estime que ces réformes sont indispensables pour garantir un équilibre entre les impératifs de régulation et le respect des libertés fondamentales. L’organisation considère que la protection de l’espace civique et numérique constitue un enjeu majeur pour la participation citoyenne, la confiance dans les institutions et le développement démocratique du Gabon.

Dans son intervention, le journaliste Uriel Abaga a estimé que la régulation des réseaux sociaux était nécessaire pour lutter contre les discours haineux, les contenus illicites et les dérives observées sur les plateformes numériques.

Il a toutefois jugé que les mesures prises par les autorités étaient disproportionnées, arguant qu’une suspension généralisée des réseaux sociaux pénalise l’ensemble des utilisateurs au lieu de cibler les auteurs d’infractions.

L’intervenant a notamment évoqué les difficultés rencontrées par les journalistes, les créateurs de contenus et les entreprises du numérique, confrontés au ralentissement du débit Internet et aux obstacles dans la diffusion de leurs productions.

Il a également attiré l’attention sur les conséquences du recours massif aux réseaux privés virtuels (VPN), devenus indispensables pour accéder aux plateformes, mais susceptibles d’exposer les utilisateurs à des risques liés à la sécurité de leurs données personnelles et bancaires.

Alph ’-Whilem Eslie et Darène Mabelle Ayingone

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