Gabon/Finances publiques : des propositions pertinentes d’Yves Fernand Manfoumbi pour renforcer la stabilité macroéconomique

L’ancien tout puissant Directeur général du budget (DGB), Yves Fernand Manfoumbi, a, dans une tribune libre, esquissé quelques solutions devant permettre à terme à l’Etat Gabonais de   renforcer sa stabilité macroéconomique et accélérer la croissance.

Ci-dessous l’intégralité de ses suggestions :    

« Finances publiques : le courage de réformer pour libérer le potentiel du Gabon

Le débat sur la consolidation budgétaire suscite souvent des malentendus. Pour certains, il s’agirait d’une injonction extérieure visant à imposer l’austérité. Pour d’autres, d’un exercice purement technique réservé aux experts des finances publiques. En réalité, la consolidation budgétaire pose une question profondément politique : comment garantir durablement la souveraineté économique du Gabon ?

Depuis plusieurs années, notre pays fait face à une équation budgétaire exigeante : une dette publique élevée, un déficit hors pétrole structurellement important et une dépendance persistante aux recettes extractives. Cette situation limite la capacité de l’État à investir massivement dans l’éducation, les infrastructures et l’industrialisation.

Or, un pays ne peut construire son avenir sur des finances fragiles. L’enjeu n’est pas de réduire l’État. L’enjeu est de le renforcer. Le Gabon dispose d’un potentiel considérable de mobilisation de ressources internes. Chaque année, des centaines de milliards de francs CFA échappent au budget public en raison de niches fiscales inefficaces, d’optimisation agressive, de fraude ou d’une valorisation insuffisante de nos ressources naturelles. Une stratégie cohérente pourrait générer près de 5 000 milliards de francs CFA de recettes additionnelles sur cinq ans, soit environ 1 000 milliards par an à partir de 2028.

Cet effort reposerait sur trois leviers principaux :- Premièrement, une modernisation de l’administration fiscale grâce à la digitalisation et à la facturation électronique, permettant de réduire significativement la fraude à la TVA ; cet impératif de performance fiscale devra naturellement s’accompagner d’une vigilance accrue quant à la protection des ménages les plus exposés, afin d’ancrer la réforme dans les réalités sociales actuelles ;

– Deuxièmement, une rationalisation progressive des exonérations fiscales qui ne produisent pas les effets économiques attendus ; au-delà de leur annonce, ces réformes devront faire l’objet d’un suivi rigoureux et constant, condition essentielle de leur crédibilité et de leur efficacité dans le temps ;

– Troisièmement, une meilleure valorisation de nos ressources minières, forestières et foncières, en privilégiant la transformation locale progressive en tenant compte des besoins énergétiques et des préalables à toute industrialisation et la création  de valeur sur notre territoire.

L’objectif est clair : porter le ratio de recettes publiques de 17 % à environ 23 % du PIB à l’horizon 2030, niveau cohérent avec les économies émergentes comparables. Une telle trajectoire permettrait de dégager un excédent primaire supérieur à 2 % du PIB, condition essentielle pour stabiliser la dette publique autour de 60 % du PIB, au prix d’ajustements maîtrisés dont les effets devront être assumés avec  lucidité et pédagogie dans le court terme. La consolidation budgétaire ne doit pas être synonyme de contraction économique. Elle doit être conçue comme un levier de transformation structurelle.

En améliorant l’efficacité de la dépense publique, en orientant l’investissement vers les infrastructures productives et en soutenant l’industrialisation, le Gabon peut simultanément renforcer sa stabilité macroéconomique et accélérer sa croissance. Le véritable enjeu n’est pas comptable. Il est stratégique. Un État capable de mobiliser efficacement ses ressources dispose d’une plus grande liberté pour financer ses priorités nationales, protéger les plus vulnérables

et préparer l’avenir. La souveraineté économique commence par la crédibilité budgétaire. Le moment est venu d’engager une réforme lucide, progressive et ambitieuse de nos finances publiques.

Le Gabon en a les moyens. Le Gabon en a besoin ».

Gabonactu.com

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