Le front social en ébullition 

Une vague de mobilisations et de contestations sociales touche de plein fouet plusieurs secteurs clés de la vie publique gabonaise en début d’année. Alors que le mouvement SOS Éducation maintient une grève dans les écoles du pays, SOS Santé naît avec des appels à l’urgence. Les professionnels de l’information et de la communication du Groupe Gabon Télévisions ne sont en reste, après avoir émis un préavis de grève, illustrant une crise sociale profonde qui tend à se répandre telle une gangrène sociale, fragilisant les services essentiels et mettant à rude épreuve le gouvernement à peine installé. Entre revendications salariales, exigence de régularisations administratives et paralysie des services publics, le Gabon est en mode grogne et appels à l’urgence.

Dans le secteur de la santé, le mouvement SOS Santé lance un cri d’alarme sans précédent. Les professionnels exigent la régularisation immédiate de toutes les situations administratives, l’intégration des agents dits APB éligibles, le recrutement des diplômés des écoles de formation et le paiement intégral des rappels, arriérés et primes dus.

Ils réclament également un plan national pour améliorer le plateau technique des établissements sanitaires, la mise en stage effective après dix ans de service ; ainsi qu’une réforme des avantages sociaux et de la carrière de la MONP (la Main d’œuvre non permanente). Le mouvement insiste pour la création d’une Commission de suivi paritaire et d’un protocole d’accord contraignant, ainsi que la gratuité des soins pour les agents et leurs ayants droits.

Le secteur éducatif gabonais est quant à lui, au cœur d’une tempête sociale depuis le début du mois en cours. Réunis sous la bannière de la plateforme SOS Éducation, des centaines d’enseignants ont décidé de maintenir un mouvement de grève entamé le 5 janvier, dénonçant « l’absence de réponses concrètes » aux revendications portant sur la régularisation des statuts administratifs, l’amélioration des carrières et le renforcement du dialogue social avec l’État.

Cette mobilisation a conduit à la fermeture de nombreux établissements, une situation qui pèse lourdement sur les familles et suscite un débat national sur l’avenir du système éducatif, au moment où SOS Education durcit le ton. « La base a décidé de poursuivre la grève (…) Le ministre aussi a pris ses responsabilités de continuer dans la manipulation et le mépris. A chacun de prendre ses responsabilités », martèle SOS Education dans un post abondamment partagé sur les réseaux sociaux.

La crise s’étend aussi au secteur de la communication publique. Les professionnels du Groupe Gabon Télévisions, regroupés au sein du Syndicat des professionnels de la communication (Syprocom), ont déposé un préavis de grève de huit jours pour exiger une meilleure prise en compte de leur statut, une revalorisation des subventions étatiques, une réforme de l’audiovisuel public et une meilleure reconnaissance de leurs conditions de travail.

Faute de réponses satisfaisantes après plusieurs mois de revendications restées lettres mortes, ces agents entendent faire pression sur la hiérarchie tout en assurant un service minimum.

Ce qui se joue actuellement au Gabon n’est pas seulement une série d’actions sociales isolées, mais bien une vague de contestations simultanées qui touche des secteurs essentiels — de l’éducation à la santé, en passant par les médias publics. L’avenir nous dira si la contagion ne va pas gagner d’autres corps de métiers où les agents ruminent leur colère.

Cette conjoncture reflète un mécontentement profond face à des années de frustrations accumulées, des réponses institutionnelles perçues comme insuffisantes et un dialogue social en panne. Pour les observateurs, ces mouvements de protestation révèlent une société en tension, où des pans entiers du service public, épines dorsales de la cohésion sociale, peinent à fonctionner normalement, mettant à l’épreuve la capacité du gouvernement à apaiser les revendications et à engager des réformes durables.

Si les autorités ne parviennent pas à ouvrir des espaces de négociation efficaces et à apporter des solutions concrètes, le pays pourrait être confronté à une désaffection croissante envers les institutions publiques et à une amplification des mouvements de protestation.

Féeodora Madiba et Nkili Akieme

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Vous aimez l'article? Merci de le partager.