Toujours plus visible et davantage grandissant chaque année, le phénomène de la mendicité à Libreville intra-muros suscite interrogations et inquiétudes, en même temps qu’il interpelle la société, notamment les autorités et services compétents, car il met en lumière des problématiques sociales profondes qui touchent désormais de plein fouet de nombreuses familles gabonaises.
Au cours des dernières années, le nombre de personnes en situation de mendicité a considérablement augmenté dans la capitale. Circonscrit naguère en des endroits spécifiques de la capitale, puisant ses ‘’agents’’, principalement au sein des communautés étrangères, le phénomène gagne dangereusement du terrain dans le Grand Libreville, avec l’apparition en nombre de sujets gabonais.
Hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, personnes valides ou handicapées, que de mendiants surtout visibles aux abords des grandes surfaces, dans les marchés, administrations et institutions, tendant la main pour mendier aide et charité.
Cette situation est souvent le résultat de la pauvreté, du chômage, de l’érosion continue des valeurs traditionnelles et morales ; et surtout l’inefficacité des filets sociaux étatiques.
« Avant, les mendiants étaient principalement des personnes en situation de handicap ou des nécessiteux. Aujourd’hui, même des individus capables de travailler tendent la main. On se demande bien ce que cela signifie ?», s’interroge George Ondo, un enseignant rencontré aux charbonnages, dans 1er arrondissement de Libreville.
La situation suscite des réactions variées au sein de la population. Si certains citoyens expriment de la compassion et souhaitent aider, d’autres se montrent plus sceptiques, craignant que la mendicité ne devienne une norme.
« Cette situation est vraiment préoccupante, car on voit actuellement des petits enfants âgés de 5 à 8 ans dans les rues. Des enfants qui hèlent les passants, demandant 100 ou 200 francs. Je me demande où sont leurs parents ? Comment peut-on laisser de si jeunes enfants errer dans les rues ?» s’indigne Sidonie Maba, commerçante à Louis.
« Phénomène nouveau, je vois même des mamans âgées, des gabonaises, enfants en main demander l’aumône, alors qu’elles sont capables d’exercer de petits métiers de survie ou du petit commerce pour subvenir à leurs besoins. Où sont leurs familles ? Que font les services sociaux ? Où est l’Etat ? », interpelle Chantal Ndong, assistance de direction dans une administration de la place.
Tous ces plaidoyers incitent en réalité à l’éveil de la conscience collective et à la mobilisation des décideurs et des acteurs de la société civile pour offrir une vie et un avenir autrement plus dignes aux personnes touchées par ce phénomène, laissées à la remorque de la société.
La solidarité et l’engagement collectif sont les clés pour faire face à cette réalité préoccupante, aux antipodes des réalités sociologiques gabonaises car elle confinent souvent à la traite des êtres humains (THE), des femmes et des enfants notamment.
Les chiffres exacts font défaut, mais la précarité (environ 30% de la population pauvre) et l’absence d’enregistrement des naissances sont des facteurs clés, exacerbant la vulnérabilité à l’exploitation.
Alph ’-Whilem Eslie et Frida Dodo
