De l’acculturation à l’inculturation : Le Gabon s’éveille ! (Tribune libre)

Il est des moments dans l’histoire d’une nation où l’audace rejoint la nécessité, où la volonté politique rencontre l’aspiration du peuple. Le Gabon semble vivre l’un de ces moments.

En effet, ce qui s’est joué le 30 août 2023 ne saurait être ni une vue de l’esprit, ni un coup d’essai. C’est une réalité, un coup de maître, parce qu’il porte en lui une rupture, une volonté de transformation et surtout la promesse qu’une aurore se lève et encourage l’ardeur.

Clés d’analyse

A l’ère de la mondialisation, les sociétés contemporaines sont soumises à des flux culturels intenses qui redéfinissent en profondeur leurs référents identitaires.

Le Gabon, notre cher pays, n’échappe pas à cette dynamique. Se libérer n’est pas seulement changer de gouvernement. C’est retrouver la capacité de se penser soi-même, de s’assumer et de construire son avenir à partir de ses propres racines. Dans ce contexte, les notions d’acculturation et d’inculturation apparaissent comme des clés d’analyse essentielles pour comprendre les mutations en cours.

L’acculturation désigne un processus par lequel une culture exogène s’impose, transformant et marginalisant les cultures locales. A l’inverse, l’inculturation renvoie à une démarche consciente et active d’appropriation des apports extérieurs en les intégrants dans le tissu culturel endogène.

Dès lors, la problématique centrale de cette réflexion peut être formulée ainsi : comment le Gabon peut-il passer d’une acculturation subie à une inculturation maitrisée, porteuse de développement et d’affirmation identitaire.

Le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, s’inscrit dans cette démarche : réhabiliter la culture, les traditions, la mémoire et les valeurs ancestrales pour les replacer au cœur du projet national la culture. Cette inculturation traduit une volonté de ranimer ce qui constitue l’âme profonde du pays ; ses peuples, ses rites, ses langues, ses savoirs, ses expressions artistiques et son patrimoine vivant. Le retour de la Fête des cultures participe pleinement à cette dynamique de valorisation des identités et du patrimoine gabonais.

La palingénésie gabonaise

En faisant davantage référence aux traditions et au patrimoine, le Président de la République, dans ses prises de parole récentes à Libreville, Franceville ou Makokou, a marqué sa ferme volonté de replacer la culture dans ce qu’elle devrait être. Non une périphérie de l’action publique, mais l’un  de ses fondements. Cette palingénésie gabonaise est l’essence même de notre existence car notre patrimoine n’est pas une relique mais un capital.

Le Conseil Economique, Social, Environnemental et Culturel ( CESEC) sous la présidence de M. Guy Bertrand MAPANGOU, en tant qu’organisme institutionnel de réflexion stratégique, n’est pas en reste dans la promotion d’un développement endogène fondé sur les réalités culturelles et valoriser le patrimoine culturel comme ressource économique.

Ainsi, lors de la première Session ordinaire du CESEC, organisée du 17 février au 17 mars 2026, le nouveau Président de l’Institution a tenu à défendre l’Iboga. Il s’agit de protéger un héritage culturel de savoirs ancestraux transmis de générations en générations. Sa vision est claire : celle d’un Gabon qui assume ses racines, ses sources endogènes et les transforme en piliers de restauration de la dignité nationale et du rayonnement international. L’Iboga devient alors le symbole de la résistance de renaissance et d’espérance.

Dans le cadre de son discours d’ouverture de la deuxième Session ordinaire, tenue du 1er au 29 septembre 2026, le Président du CESEC a plaidé pour une Journée dédiée aux Ancêtres.

Ce vœu est une Journée de mémoire, de transmission et de protection du patrimoine. Par ce plaidoyer, le Président du CESEC s’inscrit dans une conception de la culture qui ne se limite pas à la conservation du passé, mais qui entend faire  des traditions un levier de cohésion nationale, de transmission de savoirs et de développement socio-économique. 

Pour lui, une Nation qui oublie ses racines ressemble à un corps sans âme et s’expose à perdre son identité. « La culture est la mémoire d’un peuple, mais aussi son école d’émulation : elle enseigne aux vivants à être dignes de ceux qui les ont précédés et à préparer la voie à ceux qui viendront après eux »

La tradition n’est donc pas regardée comme un vestige immobile, mais comme une matière vivante, capable de dialoguer avec la modernité. Cette vision conduit à défendre une politique culturelle fondée sur la transmission intergénérationnelle, la valorisation du patrimoine matériel et immatériel et la réappropriation au-delà de la jeunesse de ce qui fait la singularité du Gabon.

Dans cette dynamique, le Conseil Economique, Social, Environnemental et Culturel est appelé à jouer un rôle déterminant en éclairant les choix publics et en accompagnant la construction d’une identité nationale à la fois enracinée et ouverte sur le monde.

Jacques SIMA, ancien journaliste

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