Figure de proue de la politique gabonaise des 3 dernières décennies, Marie Madeleine Mborantsuo, plus connue par son veston d’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, a replongé les gabonais dans les méandres de la rédaction de la constitution de transition ayant mis fin au monopartisme au Gabon lors de la conférence nationale tenue à Libreville du 23 mars au 19 avril 1990.
Marie Madeleine Mborantsuo s’est exprimée à cœur ouvert dans l’émission « Mémoire d’une Nation » du 06 octobre 2026 animée par le journaliste Jean Christian Kombila sur les antennes de Gabon 1ère, la télévision nationale du Gabon.
Pendant près d’une heure, la magistrate hors hiérarchie, a décrit des débats très houleux au sein de la commission des institutions dont elle était membre. La commission qui comptait environ 300 personnes était dirigée par Simon Oyono Aba’a, un poids lourd de la politique gabonaise à l’époque. L’homme cumulait une longue et riche expérience.

« Ce n’était pas chose aisée », se souvient Mme Mborantsuo décrivant un aéropage de personnalités politiques venus d’horizons divers et de nombreux partis politiques. Serge Mba Bekalé, Pierre Louis Agondjo Okawe, Henri Minko, Jules Bourdès Ogouliguende, Pierre Claver Maganga Moussavou, Pierre Claver Nzeng Ebome… étaient les principales têtes pensantes de la commission.
Devant ce beau monde, il fallait « écrire article par article dans un contexte surchauffé ou chacun venait se défouler (…) parce que c’était l’occasion qui s’offrait à tous les compatriotes de s’exprimer librement », a-t-elle témoigné.
Pour sortir de l’impasse et avancer, Simon Oyono Aba’a avait eu le génie de créer une commission ad’hoc chargée de rédiger en petit comité la loi transitoire. Le gotha regroupé sous la houlette de Pierre Louis Agondjo Okawé en assurait la manœuvre.
« Notre rôle était d’écrire la loi fondamentale qui devait mettre un terme au monopartisme et créer les nouvelles institutions chargées de garantir l’Etat de droit », a-t-elle ajouté.
« Pendant 3 ou 4 semaines, nous avions pour rôle d’écrire la constitution transitoire. Il fallait écrire article par article à la suite des discussions qui n’en finissaient pas. On pouvait passer toute une journée sur un seul alinéa », a-t-elle poursuivi.
Le noyau dur de la commission a rédigé la constitution transitoire qu’elle a fait adopter le 28 mai 1990 par un collège composé de l’Assemblée nationale monopartite et le comité central du Parti démocratique gabonais (PDG, parti unique ou parti Etat à l’époque). Le PDG venait ainsi de s’autoflageller, la loi transitoire ayant mis un terme au monopartisme.
C’est dans ces circonstance que le Gabon a basculé du parti unique au multipartisme. Honnis, vilipendé, diabolisé… le PDG fondé par Omar Bongo ne s’est pourtant pas effondré. Il s’est maintenu au pouvoir.
L’histoire ne faisait que commencer pour Marie Madeleine Mborantsuo. Au sortir de la conférence nationale, dirigée par l’archevêque de Libreville, Basile Mve Engone, une commission spéciale chargée de la rédaction de la constitution sera mise en place. Elle était composée des juristes de haut vol comme Agondjo Okawe, Cécile Kama, Marie Madeleine Mborantsuo, Henri Minko, Serge Mba Bekalé…
« La conférence nationale nous avait donné mandat de créer un système politique qui devait prendre en compte toutes les composantes de la société », a raconté Mme Mborantsuo rappelant également que c’est dans ce contexte que fut créée la Cour constitutionnelle gabonaise, institution que Marie Madeleine Mborantsuo a dirigé de sa création jusqu’au coup d’Etat du 30 août 2023.
Marie Dorothée
