Au terme de trois jours de travaux, les experts réunis du 28 au 30 septembre 2026 à la Cité de la Démocratie de Libreville ont identifié 22 défis et formulé 36 recommandations pour préparer la future stratégie nationale d’intelligence artificielle (IA) du Gabon. Ces travaux, conduits avec l’appui du PNUD, ont permis de dégager les premières priorités du pays à l’horizon 2030 autour d’une vision d’une « IA responsable au service de la souveraineté, de l’innovation et du développement du Gabon ».
Les recommandations couvrent six grands domaines. Il s’agit de la gouvernance des données, des talents et compétences, des infrastructures et capacités de calcul, de l’IA responsable, de l’innovation et du développement économique, ainsi que de la transformation du secteur public. L’amélioration du partage des données, le renforcement des compétences et le soutien à la recherche et à l’innovation figurent parmi les principales pistes retenues.

Les experts ont aussi placé les infrastructures numériques au cœur des défis à relever. Le Gabon dispose actuellement de 1 800 km de fibre optique, avec plus de 200 km réalisés depuis avril 2026. Le développement des capacités de stockage et de calcul doit se poursuivre avec, notamment, la construction annoncée d’un deuxième data center public prévue pour 2027.
La qualité et la sécurité des données constituent un autre point majeur des travaux. Pour le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba, la fiabilité des données conditionne directement celle des résultats produits par l’intelligence artificielle. « Si la qualité des données est défaillante, l’IA va nous envoyer des informations défaillantes », a-t-il souligné, en insistant aussi sur la protection des données sensibles de l’administration.
La question des compétences a également occupé une place importante durant les échanges. Les participants ont relevé la nécessité de renforcer la formation et l’appropriation des outils d’IA, tout en développant les capacités locales. Dans le cadre d’AILA, qui associe huit pays africains partenaires, la santé et le tourisme figurent notamment parmi les secteurs retenus pour explorer des applications concrètes de l’intelligence artificielle.
Les travaux ont par ailleurs fait ressortir plusieurs défis liés à la confiance et à l’usage de l’IA. La supervision humaine pour les applications sensibles, l’éthique, la sécurité des données et le renforcement du cadre réglementaire font partie des recommandations. Dans l’administration, les experts ont aussi relevé la résistance au changement, le manque d’équipements et les difficultés de partage des données entre services publics.

Ces conclusions ne constituent toutefois pas encore la stratégie nationale d’intelligence artificielle. Elles forment plutôt une première base de travail qui devra être consolidée au cours des prochaines étapes. Les 22 défis et 36 recommandations feront ainsi l’objet d’un approfondissement avant la formulation, l’examen et la finalisation du document stratégique.
À la clôture des travaux, la représentante résidente adjointe du PNUD Gabon, Soahangy Mamisoa Rangers, a rappelé que cette étape doit permettre de poursuivre la réflexion sur les priorités du pays. « Le Gabon dispose des talents et de la volonté pour faire de l’intelligence artificielle un levier de son développement », a-t-elle déclaré. La suite du processus devra désormais transformer les conclusions de ces trois journées en orientations concrètes pour la stratégie nationale d’IA à l’horizon 2030.
Stone Ferrari Mikala et Christina Thélin Ondo
