La multiplication des actes de violence impliquant des enfants et des adolescents pose une question qui dépasse désormais le seul cadre disciplinaire ou judiciaire. À l’école, dans les familles, dans la rue et jusque dans l’espace numérique, les manifestations de cette violence se diversifient. Face à cette réalité, Greta Marat-Abyla, présidente de la juridiction des mineurs près le Tribunal de Port-Gentil, appelle à ne pas considérer la sanction comme une réponse suffisante.
Pour la magistrate, comprendre les parcours et les fragilités des mineurs constitue également une étape essentielle dans la prévention de la récidive. Les violences entre jeunes, les agressions envers les enseignants, les insultes, les humiliations ou encore les situations de harcèlement sont autant de faits qui alimentent les inquiétudes des familles et des communautés éducatives.
Lorsque de tels comportements surviennent, l’exclusion scolaire ou la sanction disciplinaire apparaît souvent comme une réponse immédiate. Pourtant, cette mesure peut laisser intactes les causes du passage à l’acte lorsqu’aucun accompagnement n’est prévu. Dans son analyse, Greta Marat-Abyla invite ainsi à regarder au-delà du comportement visible.
« Avant de condamner, il faut aussi comprendre », rappelle-t-elle. Derrière un enfant agressif peuvent parfois se trouver des situations de maltraitance, de négligence, d’humiliation, d’agression sexuelle ou encore des traumatismes qui n’ont jamais été pris en charge. L’enfant présenté comme auteur de violences peut donc également avoir été victime de violences.
Un suivi éducatif, psychologique et social pourrait notamment accompagner certaines mesures d’exclusion afin d’éviter qu’un jeune ne soit progressivement éloigné de l’école et exposé à d’autres facteurs de vulnérabilité. Car l’exclusion, lorsqu’elle n’est suivie d’aucune prise en charge, peut aussi fragiliser davantage un parcours déjà marqué par des difficultés.
Cette réalité appelle, selon la magistrate, à une réponse qui conjugue responsabilisation et accompagnement. « La sanction est nécessaire, mais elle ne peut pas être la seule réponse », suggère-t-elle. L’objectif n’est pas de banaliser les actes commis, mais de donner au mineur les moyens de comprendre la portée de ses actes et de modifier durablement son comportement.
Le décrochage scolaire, l’isolement, la fréquentation de certains milieux ou encore l’exposition à la consommation de drogues et d’alcool peuvent alors constituer de nouveaux risques. La question devient dès lors celle de la capacité collective à sanctionner un comportement tout en empêchant qu’une rupture scolaire ou sociale ne l’aggrave.
Crise de valeurs – Dépravation sociale – Responsabilités partagées
L’enfant peut reproduire des attitudes observées au sein de sa famille, dans son entourage et intégrer la violence comme un mode de communication ou de résolution des conflits. À cette violence traditionnelle s’ajoute désormais celle qui se développe dans l’univers numérique. Les réseaux sociaux, les plateformes de discussion et les jeux en ligne offrent de nouveaux espaces où les conflits peuvent se prolonger, s’amplifier et toucher un public beaucoup plus large.
La magistrate aborde également une autre manifestation particulièrement préoccupante de la souffrance chez les jeunes : les violences que certains peuvent retourner contre eux-mêmes. Elle évoque notamment la question du suicide des jeunes, en référence au drame survenu le 10 mars 2026 à Libreville, lorsqu’un élève s’est donné la mort en se jetant d’une passerelle devant son établissement scolaire. Un événement qui avait suscité de nombreuses réactions et interrogations.
Au-delà de l’émotion provoquée par ce type de drame, Greta Marat-Abyla appelle à rechercher les facteurs pouvant conduire un jeune à une telle situation de détresse. Là encore, l’enjeu consiste à identifier les signaux d’alerte, à renforcer l’écoute et à permettre une prise en charge avant que la situation ne devienne irréversible.
À travers cette réflexion, la présidente de la juridiction des mineurs près le Tribunal de Port-Gentil replace donc la question des violences juvéniles dans une perspective plus large. La justice, l’école et la famille ont chacune un rôle à jouer, mais leur action gagne à être complétée par celle des professionnels de l’éducation, de la santé, du travail social et des associations.
Pour Greta Marat-Abyla, la lutte contre les violences chez les jeunes ne peut donc se résumer à la seule question de la sanction. Elle suppose également de prévenir, d’écouter, de comprendre, de protéger et d’accompagner. Une approche qui place finalement la société face à une responsabilité collective : empêcher que les violences subies ou commises pendant l’enfance ne deviennent les prémices de parcours durablement marqués par la violence.
Féeodora Madiba et Jean-Jacques Rovaria Djodki
