La communication publique au Gabon : L’heure de l’innovation est arrivée (Tribune libre)

Depuis des décennies, la communication publique au Gabon suit des formats figés, devenus des classiques indétrônables dans l’espace médiatique. Ces formats, quasi immuables, se sont enracinés dans la culture médiatique gabonaise, dominée par une logique institutionnelle où la communication publique semble se limiter à une simple transmission de messages sans prendre en compte l’évolution des attentes du public.

En particulier, deux formats semblent résister au temps et à la transformation numérique : le compte-rendu d’audience et les allocutions ministérielles lors des journées nationales. Ces formats sont devenus des incontournables pour les communicants des institutions publiques, malgré l’essor des réseaux sociaux et la perte d’influence des médias traditionnels. Mais pourquoi maintenir ces formats, alors que le paysage médiatique mondial et national évolue rapidement ? Comment, dans ce contexte, assurer la pertinence des messages publics lorsqu’ils sont coincés dans des cadres d’un autre temps ?

Le compte-rendu d’audience : une forme désuète qui perd son impact

Le compte-rendu d’audience, particulièrement celui qui couvre les rencontres des membres du gouvernement avec des personnalités de premier plan, est devenu un rituel de la communication publique. En théorie, ce format permet de démontrer que des échanges importants ont eu lieu entre les décideurs et les acteurs clés du pays. Toutefois, ce format a pris une tournure presque caricaturale, avec un cadrage figé où les protagonistes, souvent mal éclairés, s’adressent à la caméra d’un air morne, donnant l’impression qu’ils n’attendent que la fin de l’enregistrement. Les messages restent rarement percutants et l’ennui du téléspectateur devient palpable.

Ce format, qui perd son efficacité, est encore reproduit sans questionnement. Dans certains cas, une même personnalité reçue en audience à la Présidence, à la Primature, ou dans différents ministères fait l’objet de plusieurs reportages identiques dans la même édition du journal de 20h. Les téléspectateurs, désormais habitués à une diversité de formats visuels via les chaînes câblées africaines et internationales, comparent sans cesse ce type de communication avec celle des autres pays et se retrouvent déconnectés de la réalité locale.

Les raisons de ce conservatisme formaté restent floues. Pourquoi ne pas essayer des mises en scène plus modernes, plus engageantes, qui feraient réellement écho aux attentes du public gabonais, mais aussi de la diaspora ? Pourquoi ne pas injecter plus de dynamisme, d’interaction et de créativité dans ces échanges pour capter l’attention de l’audience ? L’efficacité d’une communication ne réside-t-elle pas dans sa capacité à évoluer avec son époque, en tenant compte des attentes d’un public de plus en plus exigeant ?

Les journées nationales : pourquoi la longueur tue l’impact

Un autre format largement utilisé est celui des allocutions ministérielles lors des journées nationales ou internationales. Ces discours, parfois techniques et souvent longs, sont devenus un passage obligé pour les ministres en charge de diverses thématiques. Dans un contexte où la concision et la clarté sont plus que jamais nécessaires, ces interventions, qui tournent parfois à l’exercice fastidieux, n’ont plus la capacité de captiver l’audience.

Le ministre, souvent embusqué derrière un imposant bouquet de fleurs ou une scène trop chargée, livre une allocution dont le contenu est souvent en décalage avec les préoccupations immédiates du public. Ces discours, diffusés en intégralité après le journal de 20h, perdent leur pertinence et sont rarement suivis par les téléspectateurs. Il ne faut pas oublier que l’ère des longues allocutions est révolue : à une époque où l’information circule instantanément et où le temps de concentration du public est plus limité, il devient impératif de trouver des moyens plus percutants de faire passer les messages.

Pourquoi persister dans ce format long, fastidieux et peu engageant, alors qu’une interview dynamique, un communiqué bref, ou une vidéo de 30 à 45 secondes pourraient parfaitement remplir la même fonction ? Pourquoi ne pas exploiter les nouvelles formes de communication pour moderniser le discours public et le rendre plus accessible ?

Une communication publique figée face à une évolution inexorable

Il est évident qu’aujourd’hui, la communication publique au Gabon doit subir une refonte en profondeur. Le monde des médias et de la communication a évolué avec l’essor des nouvelles technologies et l’importance des réseaux sociaux. L’audiovisuel public gabonais semble, quant à lui, être resté figé dans des formats dépassés, qui ne répondent plus aux attentes d’un public de plus en plus connecté et diversifié.

Le défi aujourd’hui n’est pas simplement de s’adapter aux standards internationaux, mais bien de réinventer les formats de la communication publique, de les rendre plus attractifs, plus interactifs et plus réactifs aux enjeux du moment. L’enjeu majeur est celui de l’efficacité : comment communiquer un message public de manière à ce qu’il soit entendu, compris et impacte réellement l’opinion publique ? Comment lutter contre les fake news, la désinformation et l’indifférence, en réinventant les outils de la communication gouvernementale ?

Le Gabon, comme beaucoup d’autres pays africains, est face à un défi : celui de moderniser sa communication publique pour qu’elle soit plus en phase avec les réalités de la société contemporaine. Il ne s’agit pas simplement d’adopter des nouveaux formats visuels, mais aussi de repenser l’essence même des messages publics, en les rendant plus directs, plus transparents et plus accessibles. Cela passe par la création de nouveaux espaces d’interaction, par l’utilisation des réseaux sociaux pour créer une relation plus directe avec le citoyen, et par une véritable démocratisation de la parole publique.

La voie de l’innovation : un impératif pour l’avenir

Il est urgent d’innover. Le modèle de communication publique au Gabon doit être repensé dans une logique de modernité et de performance. L’audiovisuel public, au lieu de conserver des formats obsolètes, doit investir dans des formes plus dynamiques, qui répondent aux besoins de l’époque et des citoyens. Cela implique également un changement de mentalité : les acteurs publics doivent prendre conscience que la communication n’est pas seulement une question de diffusion de messages, mais un outil stratégique pour créer du lien, instaurer la confiance et construire le futur.

Le renouvellement de la communication publique au Gabon est aujourd’hui une nécessité absolue. La jeunesse, de plus en plus informée et connectée, attend de ses gouvernants une communication plus moderne, plus inclusive et plus transparente. Il est donc impératif d’ouvrir de nouvelles voies, de créer des formats originaux, de diversifier les moyens de communication et de se débarrasser des anciens clichés. Un avenir communicatif plus efficace et impactant pour le Gabon, c’est possible. Il suffit de vouloir innover et de sauter le pas.

Ike NGOUONI AILA OYOUOMI, Président d’AILA, cabinet de conseil stratégique

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