Le ministre gabonais de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Adrien Nguéma Mba, a mis en demeure le Révérend Pasteur Jean Daniel Allogo Essimengane et les membres du directoire suspendu de l’Église évangélique du Gabon (EEG) de se conformer « immédiatement » à la mesure de suspension conservatoire prise à leur encontre, selon un communiqué officiel lu sur le plateau de Gabon 1ère par Jean Eric Nziengui Mangala, porte parole du ministère.
Le ministère reproche au pasteur de poursuivre des activités au nom de l’Église « au mépris » de la décision n°00134/MISD du 14 août 2026, qui avait suspendu à titre conservatoire le directoire issu du Synode national d’août dernier et interdit à ses membres toute activité au nom de l’institution.
Cette décision, rappelle le texte, est « exécutoire » et s’impose à ses destinataires ; à défaut de s’y conformer, le ministre se réserve le droit de recourir à « tous les moyens d’exécution » prévus par les textes en vigueur.
Une crise née de la succession contestée
Le synode de fin et de renouvellement de mandat de l’EEG, initialement prévu du 20 au 26 juillet 2026 à Baraka-Mission, à Libreville, avait déjà été reporté sine die en raison de vives tensions autour de la succession à la tête de l’institution. Finalement tenu début août, le Synode national a désigné le Révérend Pasteur Jean-Daniel Allogo Essimengane président du Conseil national, une fonction qui lui confère la présidence de l’Église, et il a été installé le 10 août 2026 au Temple national de l’EEG. Cette issue a toutefois été immédiatement contestée par le pasteur Moïse Ovono Menie.
Face aux « risques avérés de troubles à l’ordre public » liés à ce contentieux électoral, le ministère de l’Intérieur a annoncé, dans une décision datée du 15 août, la suspension à titre conservatoire du directoire de l’EEG, la plus ancienne communauté protestante d’Afrique centrale. Cette mesure a suscité l’ire d’une partie des fidèles : le collectif des pasteurs laïcs de l’EEG a dénoncé, le 18 août à Baraka, une décision jugée contraire aux principes de laïcité et à l’autonomie des organisations religieuses, allant jusqu’à appeler le président Brice Clotaire Oligui Nguema à trancher.
Un comité de sages rejeté par le camp Allogo Essimengane
Pour tenter de sortir de l’impasse, des membres d’une initiative interne de médiation et de facilitation ont informé le ministre chargé des cultes, le 9 septembre 2026, de la constitution d’un comité des sages composé exclusivement d’anciens présidents de l’EEG.
Mais cette démarche a été rejetée par le camp du pasteur Allogo Essimengane. Réuni le 17 septembre au siège national de l’EEG à Baraka Mission, le Révérend Jean Daniel Allogo Essimengane a affirmé que l’église entendait régler ses affaires internes conformément à ses propres textes et ne reconnaissait pas le comité de sages et de facilitateurs annoncé par le ministère. Selon lui, le processus électoral du Synode s’est déroulé dans le respect des règles internes de l’Église.
Marie Dorothée
