Mairie de Libreville : L’UDB tire dans son propre camp

Incroyable mais vrai. Les élus de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du président fondateur Brice Clotaire Oligui Nguema, ont posé un acte politique très fort. Ils ont rejeté jeudi dernier le budget annuel présenté par le maire de Libreville Pierre Matthieu Obame Etoughe. Motif : budget irréaliste ! Très bien. Mais comment est-ce possible ?

Les reproches faits à Pierre Matthieu Obame Etoughe sont accablants. Le projet de budget soumis au vote des conseillers municipaux manque de « sincérité » et de « réalisme ». Bref, le budget est « fantomatique ». Illustrations : explosion des dépenses de fonctionnement.

Le cabinet du maire, à lui seul, doit coûter au contribuable la coquette somme de 3,2 milliards de FCFA. Pendant la transition, celui du délégué spécial Adrien Nguema Mba s’élevait à 1,8 milliard de FCFA. Ce dernier est même devenu ministre de l’Intérieur et c’est lui qui a siégé dans le plafonnement budgétaire de la municipalité pour l’exercice budgétaire 2026.

Pierre Matthieu Obame Etoughe aurait explosé les effectifs de son cabinet. Il n’aurait pas aussi inscrit certaines recettes, notamment celles de la puissante Inspection générale municipale (IGM).

SOLIDARITÉ ET DISCIPLINE DU PARTI

Tous ces griefs sont graves s’ils sont fondés. Cependant, la méthode pose problème. L’UDB est tout de même le parti au pouvoir dont le chef est le président de la République. Brice Clotaire Oligui Nguema n’est pas forcément innocent de l’arrivée de Pierre Matthieu Obame Etoughe à la tête de la mairie de la plus grande ville du pays. Il est fort certain que c’est son choix. Désavouer publiquement le maire, c’est aussi désavouer Oligui Nguema, cet ancien militaire qui se forge une stature d’homme politique.

Gabonactu.com / Pierre Matthieu Obame Etoughe
Pierre Matthieu Obame Etoughe le jour de son sacre à une majorité écrasante © Gabonactu.com

Le timing choisi pour faire sauter la cocotte pose également problème. En pleine célébration du 1er anniversaire du plébiscite électoral de l’actuel chef de l’État, dont la cote de popularité est en baisse à cause des problèmes de casting, de chantiers abandonnés, des casses sans vision de quartiers entiers avec des habitants oubliés sous les intempéries, de la suspension impopulaire des réseaux sociaux ou encore des très controversées ordonnances sur le code de la nationalité et sur la régulation des réseaux sociaux. Des sujets pour lesquels les cadres de l’UDB sont demeurés aphones alors que leur président fondateur est gravement malmené.

Et pourtant, chaque fois qu’il y a des postes à pourvoir, l’UDB bombe les muscles. L’appétit gargantuesque du parti s’est manifesté lors des dernières élections locales et législatives. Le parti a tout raflé par le biais des procurations dénoncées par Oligui Nguema lui-même dans un message à la Nation.

En tout cas, l’UDB se comporte comme le vainqueur d’une guerre qui corrige les vaincus, alors que son président fondateur se proclame « bâtisseur » et « rassembleur ».

Tout semble accabler Pierre Matthieu Obame Etoughe. Mais l’UDB n’a-t-il pas un mode opératoire pour régler ses crises en interne afin de faire preuve de « solidarité » et de « discipline » du parti ? À cette allure, le danger guette tout le monde. Du président de l’Assemblée nationale aux autres dirigeants d’institutions. Tous doivent craindre, non pas le peuple souverain, mais les hommes de l’ombre de l’UDB, dont l’influence frise la vénération.

DE BONNES CARTOUCHES OFFERTES À L’OPPOSITION

Ce qui se passe à la mairie de Libreville est certes un classique de la démocratie, mais pour un régime si jeune, l’on pouvait se passer d’un bruit de trop. Le calme et la paix dans le pays ne semblent pas préoccuper les élus de l’UDB.

Et que dire lorsque l’opposition fera de la récupération ? Alain Claude Bilie-By-Nze en tête. Parfait connaisseur de la mairie de Libreville et de ses intrigues, l’ancien patron de la communication de l’hôtel de ville, sous Paul Mba Abessole, ne manquera certainement pas cette opportunité pour se lancer dans une nouvelle raillerie du pouvoir et de ses faiblesses. Les activistes aussi.

VIEILLES RECETTES DU PDG

Rien de nouveau sous le soleil. L’UDB recycle les bonnes ou misérables recettes du Parti démocratique gabonais (PDG, ancien parti au pouvoir). André Dieudonné Berre et Jean François Ntoutoume Emane avaient payé cher ce jeu de cannibale monté par le PDG.

Léandre Nzue une des victimes du jeu de chaise musicale à l’hôtel de ville de Libreville © Gabonactu.com

Plus récemment, Léandre Nzue en a fait les frais. À grand renfort de communication, l’édile de la capitale avait été présenté comme un dromadaire dont la soif d’argent était inextinguible. Il avait été écarté puis jeté en prison sans les moindres larmes de la population à qui l’on a fait croire, à l’époque, que les recettes municipales avaient servi à se payer une nouvelle épouse très chère.

Eugène Mba, un banquier de très grande réputation, avait également été humilié pour des motifs fallacieux. Sa seule chance, c’est de n’avoir pas été jeté en prison. Que dire du général Judes Ibrahim Rapotchombo, cet officier des forces armées gabonaises défenestré sous le regard impuissant de son frère d’arme Oligui Nguema pendant la transition ?

Au cœur de ces mises en scène horribles, l’argent. Rien d’autre que l’argent au détriment des intérêts de la cité. Pauvre Libreville. La tâche d’Oligui Nguema n’est pas facile. Le bal des vampires est trop fort à l’hôtel de ville !

Camille Boussoughou

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