Le Gabon entre dans une nouvelle ère digitale. Trois ordonnances présidentielles, adoptées le 26 février 2026 et récemment publiées au Journal Officiel, redéfinissent en profondeur les règles qui encadrent l’usage du numérique dans le pays. À travers ces textes, les autorités affichent une volonté claire : mieux protéger les citoyens, encadrer les dérives technologiques et responsabiliser l’ensemble des acteurs de l’écosystème digital.
Parmi les mesures phares, l’instauration d’une majorité numérique fixée à 16 ans marque un tournant important. Désormais, les mineurs en dessous de cet âge ne sont plus autorisés à créer de comptes sur les réseaux sociaux ou plateformes en ligne. Les opérateurs disposent d’un délai d’un an pour adapter leurs systèmes et mettre en place des mécanismes de vérification d’âge conformes à la loi.
Autre avancée majeure, l’encadrement strict des contenus générés par intelligence artificielle, notamment les deepfakes. Ces manipulations numériques, capables de falsifier des propos ou des images, entrent désormais dans le champ pénal. Leur utilisation à des fins malveillantes, en particulier lorsqu’elle porte atteinte à l’ordre public, peut entraîner de lourdes sanctions, allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement et de fortes amendes.
Le texte introduit également un principe de responsabilité élargie. Publier un contenu illicite n’est plus le seul acte sanctionné : le simple fait de le partager ou de contribuer à sa diffusion engage désormais la responsabilité de l’utilisateur. Une disposition qui vise directement les relais d’information, notamment dans les groupes de messagerie et les communautés en ligne.
Dans cette dynamique, les administrateurs de plateformes et de groupes numériques se voient confier un rôle accru. Ils sont tenus de surveiller les contenus publiés et de supprimer toute information contraire à la loi. À défaut, leur responsabilité peut être engagée, renforçant ainsi la régulation interne des espaces numériques.
Par ailleurs, les créateurs de contenu influents ne sont pas en reste. Reconnus comme de véritables acteurs de la communication, ils doivent désormais se conformer à des exigences professionnelles, notamment en matière d’éthique et de transparence. Une évolution qui rapproche leur statut de celui des journalistes et des professionnels des médias traditionnels.
Ces réformes s’inscrivent dans un mouvement global de régulation du numérique observé à l’échelle internationale. Face à la montée des dérives en ligne désinformation, cybercriminalité, manipulation par intelligence artificielle de nombreux États renforcent leur arsenal juridique. Au Gabon, ces nouvelles dispositions traduisent une volonté d’adapter le cadre légal aux réalités technologiques actuelles.
Stone Ferrari Mikala
