Qui produira la meilleure tenue traditionnelle ? Les créateurs gabonais enfin sous les projecteurs

Le Concours national de la tenue traditionnelle officielle, récemment lancé par les autorités gabonaises, suscite déjà beaucoup d’intérêt. Au-delà de l’enjeu suscité par cette émulation, cette initiative remet surtout en lumière une question que les acteurs de la mode se posent depuis longtemps : comment assurer la visibilité des créateurs gabonais et du patrimoine culturel national ? Dans un pays riche de sa diversité culturelle et de ses savoir-faire, ce concours peut-il enfin offrir une vraie tribune à des stylistes talentueux, mais encore trop peu connus du grand public ?

Au Gabon, la mode ne manque ni de créativité, ni de matière, ni de talent. Des stylistes comme Chouchou Lazare, reconnu pour son travail autour du raphia et des fibres naturelles, ou encore Jacques Simon, bien connu dans l’univers du stylisme local, ont chacun contribué à faire vivre une mode enracinée dans les codes culturels du pays.

À leurs côtés, des signatures plus récentes comme Touch by Rim montrent, elles aussi, qu’il existe une nouvelle génération de créateurs capables d’allier tradition, modernité et identité.

Pourtant, malgré cette richesse, beaucoup de stylistes gabonais peinent encore à s’imposer dans l’espace public. Souvent sollicités pour des mariages, des cérémonies ou des créations sur mesure, ils restent pour la plupart confinés à un cercle restreint. En clair, le Gabon regorge de talents, mais manque encore de plateformes durables pour les exposer et les faire véritablement connaître.

Pour Jacques Simon, le problème dépasse d’ailleurs la seule question de la création. Il renvoie aussi à la difficulté qu’a encore la mode à se structurer comme une véritable industrie en Afrique, et particulièrement au Gabon. « En Europe, la mode est une industrie. Ici, on peine encore à se positionner », regrette-t-il.

Aubaine

C’est justement là que ce concours prend tout son sens. En appelant les créateurs à proposer une tenue capable de représenter l’identité gabonaise, cette initiative peut servir de vitrine à des profils qui, jusque-là, travaillaient parfois dans une relative discrétion.

Elle peut aussi permettre au grand public de découvrir des univers créatifs souvent ignorés, alors même qu’ils participent à raconter le pays à travers le vêtement.

Des événements comme le Festival de la mode du Gabon (Femoga) essaient déjà de donner une place plus visible à cette scène locale. Mais jusque-là, cette visibilité reste encore limitée. Beaucoup de stylistes apparaissent le temps d’un défilé ou d’un événement, puis retombent dans l’ombre faute de suivi, de promotion ou d’accompagnement.

De toute évidence, le problème ne vient donc pas seulement d’un manque de talent, mais aussi d’un secteur qui peine encore à se structurer.

Le paradoxe est d’ailleurs frappant : certains créateurs gabonais parviennent parfois à être mieux appréciés à l’étranger qu’au Gabon même. Lorsqu’ils participent à des événements hors du pays ou attirent l’attention à l’international, leur travail semble soudain gagner en légitimité. Comme si, pour être pleinement reconnus chez eux, ils devaient d’abord être validés ailleurs.

Appel à candidatures

Ce concours pourrait donc marquer un tournant, à condition qu’il ne se limite pas à désigner un seul vainqueur. Son véritable intérêt serait aussi de repérer, mettre en avant et accompagner plusieurs créateurs, qu’ils soient déjà connus ou encore peu visibles.

Les personnes intéressées ont jusqu’au 24 avril pour soumettre leur dossier au Comité d’organisation, avec notamment une fiche d’inscription, une note conceptuelle, un CV, une pièce d’identité et un croquis illustrant la création. Les formulaires peuvent être retirés au ministère de la Culture ou téléchargés sur le site officiel http://www.culture.gouv.ga/

Les pouvoirs publics, à travers le ministère de tutelle, via le Comité d’organisation, sont donc appelés à jouer la carte de l’équité et de la transparence, par la définition d’une grille des critères claire et des références de notation lisibles.

L’enjeu est de faire éclore le meilleur ambassadeur de l’identité vestimentaire gabonaise, qui ne souffre d’aucune contestation, parce que son savoir-faire aura fait l’unanimité, aussi bien sur la qualité des matériaux utilisés, le génie dans la magie des couluers et des créations artistiques. Le public est tenu en haleine.

Féeodora Madiba et Tryphène Lembah

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