Réunis sous l’arbre à palabre, non loin de la Direction d’académie provinciale (DAP) de l’Ogooué-Maritime, à Port-Gentil (littoral sud), les enseignants membres du Collectif SOS Education ‘’La Base’’, ont livré une lecture sans détour sur la situation actuelle du traitement qui leur est réservé, mêlant dénonciation des manœuvres dilatoires du pouvoir et autocritique sans concession. Ils ont notamment regretté le fait d’avoir mis fin à une grève, pourtant très largement suivie, à l’appui des revendications unanimement reconnues comme légitimes, avec une moisson plutôt minable et une corporation encore plus divisée.
La Journée nationale de l’enseignant, célébrée le 23 mars dernier, en hommage à Martine Oulabou Mbadinga, aurait pu constituer un moment de sursaut collectif. Elle a, au contraire, révélé l’ampleur du malaise. Là où l’on attendait réflexion et engagement, le Collectif dit avoir constaté résignation et abandon, déplorent les enseignants de Port-Gentil.
Au-delà des revendications salariales, c’est donc une crise morale et identitaire que révèle cette sortie médiatique. Une crise qui interpelle chaque enseignant, mais aussi l’ensemble de la société gabonaise.
Le message est clair : sans sursaut collectif, sans retour à la rigueur, à la responsabilité et à l’exemplarité, la lutte pour une école de qualité risque de se vider de son sens. À Port-Gentil, les enseignants viennent peut-être de poser les bases d’un débat plus profond : celui de leur propre rôle dans la reconstruction d’un système éducatif en pleine tourmente.
Face à une crise qui s’enlise depuis plusieurs mois, ces éducateurs ont choisi de regarder la réalité en face. Oui, affirment-ils, les autorités et certains syndicats portent une responsabilité dans la dégradation du système éducatif et ils ne peuvent plus s’en dédouaner.
Par leurs hésitations, leurs divisions et certains renoncements, ils auraient eux-mêmes contribué à affaiblir un mouvement pourtant porteur d’espoir. Car au départ, tout semblait réuni pour faire bouger les lignes : une grève nationale fortement suivie, une mobilisation jugée historique et des revendications salariales largement reconnues comme légitimes.

Mais en réponse, le gouvernement aurait durci le ton, multipliant pressions, intimidations et mesures dissuasives à l’encontre des grévistes. Malgré cela, un élément clé aurait dû maintenir la mobilisation : l’impossibilité légale, selon le collectif, de suspendre les salaires des enseignants grévistes.
Un argument de poids qui n’a pourtant pas suffi. Progressivement, le mouvement s’est effrité, miné de l’intérieur. La question, désormais centrale, dérange : pourquoi reprendre les cours sans avoir obtenu gain de cause ?
À Port-Gentil, certains enseignants sont même accusés d’avoir validé des trimestres sans réel enseignement, une pratique qui interroge profondément sur l’éthique professionnelle et le sens même de la mission éducative.
Dans un discours empreint de gravité, les enseignants de Port-Gentil s’inquiètent et alertent, décrivant décrire une école, une profession en perte de repères, au moment même où elle est censée guider la jeunesse.
M.-O. Mignonne et Jean-Jacques Rovaria Djodji
