« Sauvons le soldat Pizolub » (libre propos de Guy-Modeste Mbazogo, expert pétrolier)

Expert en Amont-Terminaux- Aval petrolier, Guy-Modeste Mbazogo, a, dans un libre propos fait des propositions pertinentes au gouvernement, pour sauver Pizolub, fleurant de l’industrie gabonaise dans la fabrication, le conditionnement et la commercialisation de lubrifiants automobiles, industriels et maritimes, ainsi que la production de fûts métalliques et bidons en plastique, contribuant à la souveraineté industrielle. 

Ci-dessous, l’intégralité de son libre propos :

Après le sauvetage financier, place à la protection stratégique

L’État doit achever ce qu’il a commencé :  garantir la pérennité de son patrimoine industriel

Dans un contexte où le chômage frappe toutes les catégories de la population gabonaise, y compris nos jeunes diplômés, l’exemple de PIZOLUB illustre parfaitement la nécessité d’une politique industrielle cohérente et complète. Si l’État a fait un premier pas décisif en 2024, il reste un second pas crucial à franchir.

Un engagement fort des plus Hautes Autorités du Pays

Depuis 2024, sous l’impulsion du Ministère de l’Économie et des Participations, l’État gabonais, au travers de la Société Nationale des Hydrocarbures du Gabon, a démontré sa détermination par un appui financier significatif au profit de PIZOLUB. Cette injection de fonds témoigne d’une vision claire : notre société nationale de fabrication de lubrifiants doit survivre et prospérer.

Cet acte de souveraineté économique a permis de stabiliser l’entreprise et de préserver temporairement les emplois. Mais soyons lucides : sans protection contre la concurrence déloyale qui continue d’inonder notre marché, cette recapitalisation risque de n’être qu’un sursis.

Le renforcement financier ne suffira pas si PIZOLUB continue de se battre à armes inégales sur son propre terrain.

Un héritage industriel en sursis

Le Gabon peut s’enorgueillir d’avoir été pionnier en matière de transformation locale. La raffinerie nationale SOGARA en est l’exemple emblématique. Plus récemment, les décisions courageuses imposant la première transformation du bois et sous peu du manganèse sur le territoire national témoignent d’une vision cohérente : créer de la valeur ajoutée ici, chez nous, pour nos compatriotes.

PIZOLUB s’inscrit dans cette même logique de souveraineté industrielle. Jadis enviée dans la sous-région, cette entreprise nationale fait face aujourd’hui à une concurrence aussi rude que déloyale. Des importateurs, pour la plupart non-nationaux, inondent le marché de lubrifiants, parfois de piètre qualité mais bon marché, provoquant au passage des pannes prématurées sur nos véhicules.

Malgré la recapitalisation de 2025, PIZOLUB perd inexorablement en compétitivité face à cette déferlante d’importations. L’argent public investi risque de se dissiper sans résultats durables si le cadre concurrentiel n’est pas assaini.

Un paradoxe persistant à corriger

Le paradoxe demeure frappant. Alors que l’État injecte des fonds pour sauver PIZOLUB, notre administration continue en même temps à délivrer librement des autorisations d’importation de lubrifiants à des opérateurs privés concurrents. C’est comme si l’État alimentait d’une main ce qu’il combat de l’autre.

On ne peut simultanément recapitaliser une entreprise nationale et laisser ses concurrents l’étrangler.

Pourtant, la solution existe déjà. Elle a été appliquée avec succès pour la SOGARA et a fait ses preuves pendant des décennies.

Le modèle SOGARA : une réussite à dupliquer

Pourquoi les Marketers qui vendent/distribuent du carburant n’importent-ils pas eux-mêmes leurs produits, alors qu’ils ont techniquement et financièrement les moyens ? La réponse tient en un mot : la souveraineté.

L’État a décidé que seule la SOGARA serait habilitée à importer du carburant pour compléter sa production en cas de nécessité. La production de SOGARA est soutenue dans ce sens par tous les opérateurs pétroliers de l’amont, qui ont l’obligation de vendre un quota de leur production à notre raffinerie nationale.

Ce schéma protège le patrimoine national et préserve les emplois. Certes, la SOGARA fait face à ses propres défis, mais l’essentiel est préservé : des gabonais travaillent, produisent, contribuent à l’économie nationale.

Pourquoi ce qui est valable pour le carburant ne le serait-il pas pour les lubrifiants ?

L’équation est simple

L’État a investi l’argent des contribuables pour sauver PIZOLUB en 2024. Cet investissement n’aura de sens que si PIZOLUB bénéficie d’un cadre protecteur que la SOGARA.

Protection de l’investissement = Protection du marché

Sans cette seconde étape, la recapitalisation de 2025 n’aura été qu’un pansement sur une hémorragie continue.

Six décisions pour poursuivre ce qui a été commencé

La pérennité de PIZOLUB, l’autonomie financière retrouvée et la rentabilisation de l’investissement public de 2024-2025 reposent sur des décisions que seules les plus Hautes Autorités de l’État pourraient prendre :

Première étape : Identifier tous les importateurs de lubrifiants. Les données existent déjà au Ministère du Pétrole et du Gaz qui délivre ces autorisations.

Deuxième étape : Clarifier les parts de marché de chacun de ces importateurs et vendeurs de lubrifiants.

Troisième étape : Confirmer la capacité maximale de production de PIZOLUB, tant en termes de qualité, de formulations que de volumes.

Quatrième étape : A court terme (1 an), obliger chaque importateur actuel de lubrifiants à commander auprès de PIZOLUB un pourcentage correspondant à ses parts de marché.

Cinquième étape : À moyen terme (2 ans), prendre un décret déclarant PIZOLUB seule société autorisée et habilitée à importer des lubrifiants sur le territoire national, à l’instar de la SOGARA pour le carburant.

Sixième étape : Transformer les anciens importateurs en clients de PIZOLUB. Comme les Marketers pour le carburant, ils passeraient commande auprès de la société nationale pour leurs formulations spécifiques. Le cas échéant, PIZOLUB importerait elle-même les produits nécessaires.

Un choix de cohérence

Le Ministère de l’Économie et des Participations a montré la voie en 2024 avec la validation du plan de sauvegarde de PIZOLUB. Cette décision courageuse doit maintenant être accompagnée d’une protection stratégique du marché. Sinon, l’argent public investi serait dilapidé et les objectifs de souveraineté économique resteront lettre morte.

Protéger PIZOLUB, ce n’est pas verser dans un protectionnisme aveugle. C’est protéger les emplois des gabonais et assurer notre souveraineté en dupliquant un modèle qui fonctionne depuis des décennies avec la SOGARA. C’est cohérent avec nos ambitions de transformation locale. C’est reconnaître que l’investissement public mérite d’être rentabilisé.

Dans un pays où le taux de chômage demeure préoccupant, où certaines sociétés affichent encore des taux d’expatriation difficilement justifiables, chaque emploi national préservé compte. Chaque entreprise nationale sauvée représente un pilier de notre souveraineté économique. Chaque franc public investi doit produire des résultats durables.

L’appel aux décideurs

Les plus hautes autorités ont ouvert la voie en 2024, les décisions courageuses qui ont permis d’imposer la première transformation locale du bois et sous peu le manganèse ont prouvé qu’une volonté politique forte peut changer la donne.

Il est temps de faire la même chose pour Pizolub

PIZOLUB peut et doit retrouver ses lettres de noblesse et redevenir ce fleuron national d’antan. La recapitalisation de 2025 a posé les fondations. La protection du marché construira l’édifice. Les emplois de nos compatriotes comptent et doivent être préservés.

L’État a montré sa volonté. Il doit aller jusqu’au bout ?

L’histoire jugera notre génération, non pas sur nos intentions, mais sur la cohérence de nos actions. Investir sans protéger, c’est gaspiller. Protéger comme on le fait pour la SOGARA, c’est garantir la souveraineté économique pour les générations futures.

Le modèle existe. La volonté a été démontrée. Il ne reste qu’à appliquer.

Gabonactu.com

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