Manganèse : le Gabon engage un tournant souverain et industriel majeur (libre propos du député Rodrigue Bokoko)

Le Gabon a officialisé une décision stratégique de portée historique : à compter du 1er janvier 2029, le pays mettra fin à l’exportation du minerai brut de manganèse. Pour le député Rodrigue Bokoko de Mounana, ville voisine de Moanda où le groupe français Eramet exploite le Manganèse depuis 1960, à travers sa filiale Comilog, cette réforme structurelle marque un changement profond de modèle économique et affirme une ambition claire : transformer une richesse minière en puissance industrielle durable, au service de la souveraineté nationale et de la croissance à long terme. 

Une filière performante, mais un modèle à bout de souffle.

Le Gabon détient l’un des meilleurs minerais de manganèse au monde. En 2024, près de 10 millions de tonnes ont été produites, plaçant le pays parmi les tout premiers producteurs mondiaux. Pourtant, 98 % de cette production est encore exportée à l’état brut, limitant fortement l’impact économique national.

Si le secteur génère plus de 1,5 milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel, sa contribution reste modeste : environ 3 % du PIB et 2 500 emplois directs. Le modèle extractif, rentable pour les opérateurs, laisse au pays une captation de valeur insuffisante, alors même qu’il assume localement l’extraction, les infrastructures et l’empreinte environnementale. Ce déséquilibre, longtemps toléré, n’est désormais plus soutenable.

Une décision de souveraineté économique assumée.

Dans un contexte mondial marqué par la sécurisation des matériaux critiques, la transition énergétique et la réindustrialisation des économies, la décision présidentielle s’inscrit comme un acte de souveraineté économique. Le Gabon choisit de maîtriser sa chaîne de valeur et d’aligner sa politique minière sur les standards des nations industrialisées.

Cette réforme n’est ni une sanction, ni une fermeture. Elle constitue une invitation ferme à investir, à transformer et à industrialiser localement, dans une logique de partenariat durable. Les investisseurs prêts à accompagner cette trajectoire resteront des acteurs stratégiques du développement national.

Transformer la rente minière en valeur industrielle.

L’objectif stratégique est clair : construire une chaîne industrielle intégrée du manganèse au Gabon. Celle-ci permettra la production locale : d’alliages métallurgiques pour la sidérurgie ; de produits chimiques destinés aux batteries et de matériaux avancés pour les technologies de la transition énergétique.

À production constante, la transformation industrielle est appelée à multiplier par deux à trois les retombées macroéconomiques nationales, tout en renforçant l’emploi qualifié, la base industrielle et la maîtrise technologique.

Le choix du manganèse repose sur des fondamentaux solides : une demande mondiale structurellement croissante, des usages industriels critiques et un minerai gabonais de très haute qualité, adapté aux exigences technologiques actuelles et futures.

Une trajectoire maîtrisée, fondée sur l’énergie et la stabilité.

La stratégie nationale n’est ni brutale ni improvisée. Elle repose sur trois piliers non négociables à savoir :  une énergie compétitive, sécurisée et bas carbone ; des infrastructures industrielles et logistiques maîtrisées et un cadre institutionnel, fiscal et contractuel stable, lisible et bancable sur le long terme.

La montée en puissance énergétique est clairement planifiée : 600 MW en 2030, 1 000 MW en 2040 et 1 600 MW à l’horizon 2050, condition indispensable à une industrialisation progressive et crédible.

L’État fixe le cap, sécurise les conditions structurantes et oriente les investissements, sans se substituer au secteur privé. L’investissement industriel relèvera d’opérateurs privés, dans le cadre de partenariats public-privé clairs et viables.

Un choix de long terme.

À travers cette réforme, le Gabon acte un passage décisif : d’un Gabon extracteur à un Gabon industriel ; d’une rente subie à une valeur maîtrisée ; d’un modèle hérité à une stratégie de développement durable.

Ce choix traduit une vision : celle d’un pays qui refuse d’exporter indéfiniment ses richesses sans les transformer, et qui fait de son capital minier un levier de souveraineté, d’emplois et de croissance durable.

Le Gabon ne fait pas un pari hasardeux. Il fait un choix rationnel, structuré et tourné vers l’avenir, souligne le député.

Antoine Relaxe  

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