Bilie-By-Nzé : « Oligui Nguéma, aussi comptable du passif, peut-être même bien plus que moi »

Dans une interview au vitriol, accordée lundi à nos confrères de Radio France Internationale (RFI), rubrique ‘’Le grand invité Afrique’’, l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba et ancien candidat à la présidentielle d’avril 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nzé, ne s’est pas dérobé une nouvelle fois de sa part de responsabilité « collégiale » et non « personnelle » dans la gouvernance tant décriée d’hier, n’ayant pas été président de la République, rappelle-t-il. Pour autant, il a invité à surtout pas absoudre non plus celle de l’actuel chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguéma, qu’il rend tout aussi coupable, peut-être même plus que lui, de la situation actuelle du pays.

« Oligui Nguéma, en tant que Commandant en chef de la Garde républicaine était membre influent du Cabinet d’Ali Bongo. Il était patron des services spéciaux, il était membre influent du système. Il est né dans ce système, il était dans ce système depuis Omar Bongo, et donc depuis longtemps avant moi. Et lorsqu’on le voit gouverner, il gouverne avec les mêmes personnes qui étaient là avec moi, et donc il n’y a pas de rupture dans ce système », a asséné le Président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG – Opposition).

A l’appui de ce rappel, Alain-Claude Bilie-By-Nzé fait observer que tous les indicateurs socio-économiques se sont davantage détériorés depuis de bientôt trois ans que l’actuel chef de l’Etat est aux commandes du Gabon.

« Quand j’ai quitté les fonctions, la dette du pays était à 56% du PIB, 7000 milliards de Francs CFA, aujourd’hui elle est passée à 73%, l’année prochaine on sera à 85%, et c’est cela le vrai enjeu. C’est-à-dire qu’en deux ans et demi, ils ont su rendetter le pays dans des projets sans aucun impact social avéré, et des promesses tous azimuts, donner des marchés à des copains (…) 89% des marchés au Gabon ont été attribués par l’entente directe. Donc il y a de la corruption, il y a de la mal gouvernance », a-t-il martelé.

Reddition des comptes

En considération de ces indicateurs, auxquelles s’ajoutent les « promesses non tenues », à l’origine de la surchauffe actuelle sur le front social, parquée notamment par la grève des enseignants qui paralyse le système scolaire depuis bientôt deux mois, l’ancien Premier ministre estime par conséquent que le régime aux affaires a désormais un bilan qu’il doit justifier, plutôt de continuer à convoquer la responsabilité de l’ancien régime pour se dédouaner.

« Personne ne vit sur le passé, le passé est passé, ils gèrent maintenant le présent. Et sur ce présent, ils n’ont pas de réponse, pour une raison simple, ils n’avaient aucun présent, aucun cap. Ils n’ont pas de boussole et c’est pour cela que ça tourne en rond », déplore Alain-Claude Bilie-By-Nzé qui dénonce les mauvais choix des gouvernants, des dérapages budgétaires et la multiplication des impôts qui en rajoutent à la cherté de la vie.

L’expérience au service de la jeunesse et du Gabon

Pour tout dire, le Président d’Ensemble Pour le Gabon reproche au pouvoir d’être dans une continuité en pire par rapport à l’ancien régime et propose des réformes institutionnelles et structurelles en profondeur. Cela passe notamment par la tenue des états généraux de la nation, de façon à ce que tout le pouvoir exécutif ne soit plus concentré entre les mains d’un seul homme.

« Il faut refaire la constitution, rééquilibrer les pouvoirs, repartager les pouvoirs et mieux gérer l’Etat pour le bien des gabonaises et des gabonais », suggère le chef de file de l’opposition dont il renseigne qu’elle prépare une alternative crédible, en commençant par reconquérir les espaces de libertés confisquées.

« Et l’expérience, je l’ai. Je ne pense pas que les jeunes aient besoin aujourd’hui forcément d’avoir quelqu’un qui va s’essayer à gouverner un Etat et aller découvrir ce que c’est un Etat. Je sais ce que c’est qu’un Etat. J’ai été ministre des Affaires étrangères. Je sais ce que c’est la responsabilité d’un pays », a conclu Alain-Claude Bilie-By-Nzé, qui exige encore une fois la mise en place d’une Commission Vérité-Justice-Réconciliation.

Elliott Ana Merveille

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