Face à la multiplication des grèves, aux inquiétudes sur les libertés syndicales et à une situation budgétaire jugée alarmante, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) est sorti de sa réserve. Au nom de son Président, Ali Bongo Ondimba, le Secrétaire général Ali Akbar Onanga Y’Obegue dresse un diagnostic sévère de l’état de la Nation et appelle à un sursaut de responsabilité.
Un front social généralisé et une rupture de confiance
Le PDG constate une crise sociale profonde touchant l’ensemble des secteurs stratégiques du pays. L’éducation primaire et secondaire est paralysée, l’enseignement supérieur reste en ébullition, tandis que la santé connaît une souffrance chronique. Transports, audiovisuel public, secteur pétrolier et administrations clés sont également touchés. Pour le parti, ces mobilisations « ne sont ni marginales ni opportunistes », mais traduisent « une rupture de confiance entre l’État et les travailleurs ».
Les revendications portant sur les régularisations administratives, le paiement des rappels de solde, l’amélioration des conditions de travail et le respect des droits statutaires sont jugées « parfaitement légitimes ». Le PDG exprime sa solidarité avec les travailleurs, « en particulier les enseignants », dont la mobilisation « menace directement l’année scolaire et l’avenir de centaines de milliers d’enfants gabonais ».
Libertés syndicales, dialogue social et promesses non tenues
Sur le terrain des libertés publiques, le PDG rappelle que « le droit de grève est un droit constitutionnel » et que l’action syndicale relève des libertés fondamentales. Toute tentative de judiciarisation des conflits sociaux est considérée comme « une dérive dangereuse pour l’État de droit et la stabilité nationale ». Le parti condamne « toute forme de pression, d’intimidation ou de répression » visant les responsables syndicaux et les leaders d’opinion agissant dans le cadre légal.
Il salue toutefois la libération provisoire récente de deux responsables syndicaux, perçue comme « un signal d’apaisement devant ouvrir la voie à un dialogue sincère ». Plus largement, le PDG estime que les tensions actuelles résultent du « décalage persistant entre les promesses de rupture formulées après le 30 août 2023 et la réalité vécue par les populations », alimentant frustration et colère sociale.
Dérive budgétaire, endettement et recours contraint au FMI
Sur le plan économique, le PDG alerte sur une trajectoire budgétaire « extrêmement préoccupante ». Il évoque « une progression rapide de la dette publique », des déficits élevés, l’accumulation d’arriérés de paiement et « une dégradation inquiétante de la crédibilité financière du Gabon », illustrée par les tensions avec les partenaires régionaux et la récente réunion d’urgence de la CEMAC.
Le recours désormais envisagé au Fonds monétaire international est analysé comme « l’aveu d’un échec stratégique », après avoir longtemps été écarté. S’il est jugé inévitable, le PDG insiste pour que l’ajustement budgétaire « ne se fasse pas au détriment des populations », mais qu’il cible prioritairement « la réduction du train de vie de l’État, la limitation des dépenses somptuaires et la remise en cause des rentes injustifiées », tout en protégeant les secteurs sociaux essentiels.
Cette prise de position intervient plus de deux ans après le coup d’État du 30 août 2023, dans un contexte marqué par la persistance des tensions sociales et économiques. Libéré le 13 mai 2025 après plusieurs mois de résidence surveillée, Ali Bongo Ondimba affirme ne nourrir aucune ambition élective, tout en demeurant engagé dans la vie nationale en sa qualité de Président du PDG. Alors que les grèves se multiplient et que des discussions avec le FMI se profilent, la sortie du PDG relance le débat sur la gouvernance de la transition, le dialogue social et la préservation de la paix sociale au Gabon.
Nkili Akieme
