La tension est montée d’un cran sur le quai de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) où, confrontés à de lourds arriérés de salaires, à l’absence d’un interlocuteur crédible et à une gouvernance jugée défaillante, les agents ont déclenché un mouvement de grève, paralysant le trafic et les activités de l’entreprise dans la province de l’Ogooué Maritime (littoral sud).
En cause : des mois, voire des années de salaires impayés et l’absence de réponses concrètes de la direction générale. Excédés, les agents de la CNNII ont donc décidé de passer à l’action en observant un arrêt de travail, bloquant ainsi le fonctionnement du quai de Port-Gentil.
Pour les grévistes, la situation n’est plus tenable. « Nous n’avons plus d’interlocuteur fiable », déplore Madola Bokamba, Président du syndicat SIGAMA, affilié à la Confédération gabonaise du travail (CGT-FL).
Selon le syndicaliste, toutes les tentatives de dialogue sont restées lettre morte. Les agents estiment la dette salariale à plus de 19 mois d’impayés, répartis sur la période allant de 2019 à 2025. Ils rappellent qu’à l’époque de la gestion assurée par Ebomaf, les salaires étaient régulièrement versés et qu’une partie des arriérés avait même été apurée.
Mais depuis le départ de cet opérateur, la situation s’est fortement dégradée. Aux salaires impayés s’ajoutent le non-versement des cotisations sociales, des droits légaux des travailleurs, ainsi que le cas alarmant de retraités toujours privés de pension.
Silence des administrateurs, recrutements controversés
Autre sujet de crispation : le silence jugé incompréhensible du Conseil d’administration, pourtant habilité à se prononcer sur ces dysfonctionnements. Cette inaction renforce le sentiment d’abandon ressenti par le personnel, qui dénonce l’arrivée récente de 33 nouveaux employés et stagiaires suscitant indignation et incompréhension.
Pour les agents, ces recrutements sont « inopportuns » dans un contexte marqué par l’incapacité de l’entreprise à honorer ses engagements salariaux et sociaux envers ses travailleurs. Face à ce qu’ils qualifient de gestion défaillante, les agents de la CNNII entendent désormais porter leur voix au plus haut sommet de l’État.
Ils envisagent de saisir directement le président de la République, mais aussi d’alerter l’opinion nationale et internationale. Dans l’attente, la grève se poursuit, plongeant l’entreprise dans une zone de fortes turbulences. « La CNNII ne doit pas sombrer dans la médiocrité. Elle doit jouer pleinement son rôle dans le développement d’un Gabon prospère », martèlent-ils
M.-O. Mignonne et Jean-Jacques Rovaria Djodji
