Suspendue temporairement, la délivrance des permis de conduire digitalisé relance le débat sur la transparence financière, la répartition des primes et la gestion des services concernés. Au-delà de la reprise attendue par les usagers, l’heure serait à la clarification des responsabilités, afin de consolider la modernisation du secteur des transports.
La suspension temporaire de la délivrance des permis de conduire digitalisés pourrait constituer une occasion de remettre à plat la gestion administrative et financière du dispositif. Alors que de nombreux usagers attendent la reprise de l’enrôlement dans le Grand Libreville, des interrogations exprimées par des syndicalistes portent désormais sur la traçabilité des recettes, les modalités d’attribution des primes et les sommes perçues par certains responsables administratifs. Autant de préoccupations qui plaident pour l’ouverture d’audits indépendants, seuls à même d’établir les faits et de dissiper les éventuels soupçons.
Dans ce dossier, les interrogations ne se limitent plus à l’interruption du service. Elles concernent également la circulation des ressources financières générées par les activités liées à la délivrance des titres de transport. Selon certains syndicalistes, les recettes du prestataire technique chargé de la digitalisation du permis (Rengus Digital) seraient les seules dont la visibilité serait clairement établie.
Les revendications syndicales concernent également la répartition des primes. Des doublons dans l’attribution de certaines rémunérations auraient été signalés, tandis que des responsables administratifs se seraient fixé des plafonds de primes. Ces allégations, qui restent à vérifier, nécessitent un rapprochement entre les décisions d’attribution, les listes de bénéficiaires, les montants effectivement versés et les textes encadrant ces pratiques.

Pour les partenaires sociaux, la question est de savoir qui a perçu quoi, sur quelle base et selon quelles procédures ? Seuls des éléments vérifiables permettront d’y répondre. Si des anomalies sont établies, les responsabilités devront être identifiées et les mesures correctives appropriées engagées. Dans le cas contraire, les contrôles permettront de rétablir les faits et de dissiper les soupçons.
La suspension du dispositif ne devrait pas se limiter, souligne-t-on, à une interruption temporaire du service. Elle pourrait ouvrir la voie à un examen approfondi des procédures administratives, des circuits financiers et des responsabilités opérationnelles des différentes structures impliquées.
Cinq structures mériteraient une attention particulière, à savoir : la Direction générale des transports terrestres (DGTT) ; le Centre national d’édition des permis de conduire (CNEPC) ; le Centre national d’impression des cartes grises (CNDDT); la Direction de la circulation routière et des contrôles techniques (DCRCT) et la Direction des transports routiers (DTR).
Les audits devraient notamment permettre de retracer les recettes encaissées, de vérifier leur comptabilisation, d’examiner les dépenses engagées et de contrôler la conformité des procédures de délivrance des titres. La répartition des primes devrait également faire l’objet d’une analyse détaillée, afin d’identifier d’éventuels doublons ou versements non conformes aux règles applicables.
L’objectif serait d’établir une cartographie précise des flux financiers, de déterminer les responsabilités de chaque intervenant et de vérifier si les ressources générées par les activités concernées ont été intégralement et régulièrement retracées. Un tel exercice permettrait aux autorités de disposer d’éléments objectifs pour décider des suites à donner au dossier, loin des spéculations et des déclarations contradictoires.
Dans ce dossier, il importe également de distinguer les missions du prestataire technique, Rengus Digital, de celles des administrations publiques chargées du pilotage, du contrôle et de la délivrance des titres. Les obligations contractuelles du prestataire, les engagements des différentes structures administratives et les mécanismes de supervision du dispositif doivent être examinés séparément, avant d’être replacés dans une analyse globale de son fonctionnement.
Pour les syndicalistes, il serait donc prématuré d’imputer l’ensemble des difficultés au partenaire technique sans avoir préalablement établi leur origine. Une évaluation indépendante permettrait précisément de déterminer les responsabilités respectives, de vérifier le respect des conventions et d’identifier les éventuelles défaillances, qu’elles soient techniques, administratives ou financières. La transparence apparaît donc ainsi comme une condition essentielle pour restaurer la confiance entre les autorités, les professionnels du secteur et les usagers.
Un autre enjeu demeure, la poursuite de la modernisation des services de transport. Il y a quelques mois, le Ministre d’État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, avait annoncé l’extension de l’opération de digitalisation des permis de conduire à l’intérieur du pays, ainsi que la dématérialisation d’autres actes administratifs, notamment les cartes grises.
Cette ambition s’inscrit dans une volonté de simplifier les démarches, d’améliorer la traçabilité des opérations et de rapprocher les services publics des populations. Elle pourrait contribuer à réduire les lourdeurs administratives et à renforcer la fiabilité de la délivrance des documents officiels.
Mais pour que cette réforme produise pleinement ses effets, encore faut-il que les procédures soient clairement définies, que les responsabilités soient établies et que les outils déployés répondent aux exigences de transparence et de sécurité.
La clarification de la situation actuelle apparaît donc comme un préalable important à la poursuite du programme. Une reprise sans examen des difficultés soulevées risquerait de laisser subsister les mêmes interrogations, alors qu’un contrôle approfondi pourrait offrir des bases plus solides à la réforme.
Dans le Grand Libreville, de nombreux usagers attendent la reprise de l’enrôlement pour obtenir leur permis de conduire digitalisé. L’interruption du dispositif prolonge l’incertitude pour les personnes concernées, qui espèrent retrouver un service opérationnel dans des conditions fiables et transparentes.
À l’intérieur du pays, l’attente est tout aussi importante. L’extension annoncée doit permettre aux populations des provinces de bénéficier, elles aussi, de cette modernisation, sans être durablement pénalisées par les contraintes géographiques ou administratives.
La reprise de l’enrôlement dans le Grand Libreville, le déploiement du dispositif à l’intérieur du pays et la digitalisation des autres actes de transport constituent ainsi les prochaines étapes attendues. Leur concrétisation suppose toutefois un cadre administratif cohérent, une gestion financière maîtrisée et un dispositif technique fiable.
Dans ce contexte, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, est interpellé sur l’opportunité de donner une impulsion décisive à ce dossier. L’ouverture d’audits indépendants pourrait constituer une réponse aux préoccupations exprimées, en permettant d’établir les faits, de clarifier les responsabilités et de déterminer les mesures correctives nécessaires.
Antoine Relaxe
