Gabon : le budget 2027 plafonné à 6 223,1 milliards de FCFA mise sur la dette pour financer l’accélération de la croissance

Le Conseil des ministres a adopté, la semaine dernière, le projet de loi de finances pour l’exercice 2027, plafonné à 6 223,1 milliards de FCFA avec des ambitions nettement revues à la hausse par rapport à l’exercice précédent. Élaboré dans le droit fil du projet de société « Bâtissons l’édifice nouveau » porté par le chef de l’État et du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD) 2026-2030, ce budget traduit la volonté du gouvernement d’accélérer le rythme des réformes économiques, en lien avec ses partenaires techniques et financiers, tout en poursuivant le développement des infrastructures et la transformation locale des ressources naturelles.

Sur la base de ces hypothèses, le projet de budget de l’État est équilibré en recettes et en dépenses à 6 223,1 milliards de FCFA, contre 5 495,2 milliards de FCFA arrêtés dans la loi de finances rectificative de 2026. La progression, de 727,9 milliards de FCFA, est spectaculaire, mais elle appelle une lecture attentive de sa composition.

Car du côté des recettes proprement dites, la hausse reste, elle, très contenue. Les recettes de l’État, qui regroupent recettes budgétaires et prélèvements, sont évaluées à 3 291,7 milliards de FCFA, contre 3 243,5 milliards de FCFA en 2026, soit une progression de seulement 48,3 milliards de FCFA. Elles se composent de 1 013,2 milliards de FCFA de recettes pétrolières, 1 761,2 milliards de FCFA de recettes hors pétrole, 33,6 milliards de FCFA de dons et fonds de concours et 483,8 milliards de FCFA de recettes affectées.

L’essentiel de la progression budgétaire provient en réalité des ressources de trésorerie et de financement, qui bondissent à 2 931,4 milliards de FCFA, contre 2 251,8 milliards de FCFA dans la prévision révisée pour 2026, soit un accroissement de près de 680 milliards de FCFA.

Le Gabon prévoit ainsi de mobiliser 600 milliards de FCFA d’appuis budgétaires, 287,3 milliards de FCFA de prêts-projets, 300 milliards de FCFA de dette bancaire, 600 milliards de FCFA sur le marché financier sous-régional et pas moins de 1 144,1 milliards de FCFA sur le marché financier international.

Le message est clair : c’est l’endettement, et non l’élargissement de l’assiette fiscale ou la remontée des recettes pétrolières, qui finance l’essentiel de la hausse du budget 2027.

Une croissance tirée par le manganèse plus que par le pétrole

Le gouvernement d’Oligui Nguema table sur une croissance économique de 4,5 % en 2027, contre 4,0 % attendus en 2026. Cette accélération repose sur une dynamique équilibrée entre les activités hors pétrole, en progression de 4,6 %, et le secteur pétrolier lui-même, qui devrait croître de 4,1 %. Signe encourageant pour Libreville, la production d’or noir est annoncée en rebond de 4,1 %, pour atteindre 11,30 millions de tonnes métriques, contre 10,80 millions un an plus tôt.

Ce sursaut de la production intervient toutefois alors que les cours mondiaux s’annoncent moins porteurs : le prix du baril de pétrole gabonais est projeté en repli de 12,5 %, à 70 dollars, contre 80 dollars retenus dans les hypothèses 2026.

C’est donc ailleurs que le gouvernement gabonais compte trouver ses relais de croissance. Le manganèse s’impose comme la véritable locomotive du cadrage budgétaire 2027 : sa production doit croître de 8,6 %, pour s’établir à un peu plus de 10 345 milliers de tonnes, mais c’est surtout l’envolée de son prix de vente, attendu à 241,9 dollars la tonne contre 166,9 dollars en 2026, soit une hausse de 45 %, qui vient compenser la faiblesse annoncée des cours pétroliers.

La filière bois, avec une production de bois débité en hausse de 2 %, confirme quant à elle sa progression plus modeste mais régulière. Nouveauté du cadrage 2027, le démarrage de la production de minerai de fer, projetée à 1 500 milliers de tonnes, ouvre une nouvelle page pour la diversification minière du pays.

Sur le plan monétaire, le franc CFA ne devrait connaître qu’une dépréciation marginale face au dollar, tandis que l’inflation est attendue en nette hausse, à 2,6 % contre 1,4 % un an plus tôt, une évolution qui pèsera inévitablement sur le pouvoir d’achat des ménages.

La dette pèse de plus en plus lourd, l’investissement recule

Cette stratégie a un prix, que l’on retrouve logiquement du côté des dépenses. Les dépenses budgétaires, qui regroupent le budget général et les comptes spéciaux, sont évaluées à 4 200,7 milliards de FCFA, contre 4 159,1 milliards de FCFA en 2026.

Mais c’est le service de la dette qui absorbe l’essentiel de la marge de manœuvre supplémentaire : les charges financières de la dette sont projetées à 667,3 milliards de FCFA, contre 487,6 milliards de FCFA dans la projection rectifiée de 2026, soit une hausse de près de 180 milliards de FCFA.

Les charges de trésorerie et de financement dans leur ensemble s’envolent quant à elles à 2 022,4 milliards de FCFA, contre 1 336,2 milliards de FCFA un an plus tôt, portées par 1 879,5 milliards de FCFA d’amortissement de la dette et 142,9 milliards de FCFA d’apurement d’arriérés.

Les dépenses de personnel restent, elles, relativement stables, à 963,9 milliards de FCFA contre 958,6 milliards de FCFA, une légère hausse que le gouvernement attribue à la régularisation de situations administratives. Les dépenses de biens et services diminuent en revanche sensiblement, à 480,5 milliards de FCFA contre 562,4 milliards de FCFA, une baisse que Libreville explique notamment par la réduction des baux administratifs consécutive à la mise en service de la Cité Émeraude, qui doit permettre à l’État de loger davantage ses services dans des bâtiments publics plutôt que loués. Les dépenses de transferts progressent légèrement, à 431,9 milliards de FCFA, sous l’effet conjugué d’un relèvement de la part patronale de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale et d’une baisse des dépenses de souveraineté.

Fait notable, et qui tranche avec les ambitions affichées en matière d’infrastructures, les dépenses d’investissement reculent à 1 058,4 milliards de FCFA, dont 287,3 milliards de FCFA de financements extérieurs, contre 1 169,1 milliards de FCFA inscrits dans le collectif budgétaire 2026. Le gouvernement justifie cette baisse par un ajustement des projets financés sur ressources budgétaires propres. Les comptes spéciaux, évalués à 235,6 milliards de FCFA, voient pour leur part la création d’un nouveau compte d’affectation spéciale dédié à la promotion et au développement urbain, doté de 20,8 milliards de FCFA.

Un tour de vis sur les niches fiscales

Le texte ne se limite pas aux grands équilibres macroéconomiques. Il comporte également un volet fiscal qui marque une volonté affichée de reprendre la main sur les exonérations accordées aux entreprises. Le gouvernement entend restreindre considérablement l’octroi d’avantages fiscaux et douaniers, en instaurant des minima d’imposition, en contrôlant leur cumul et en évaluant systématiquement leurs contreparties. Les clauses de stabilité fiscale devront désormais faire l’objet d’une révision tous les cinq ans, et leur maintien sera soumis à une approbation expresse en loi de finances. Les prélèvements affectés à des tiers, comme la Contribution Spéciale de Solidarité, la Taxe Complémentaire sur les Importations, la Contribution Communale Indirecte ou l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques, seront désormais exclus du champ de ces exonérations.

Concrètement, les entreprises bénéficiant d’avantages fiscaux et douaniers, qu’ils soient conventionnels ou individuels, devront désormais respecter un plancher de TVA fixé à 5 % et, pour les autres impôts, un minimum de 25 % de l’imposition de référence, sous réserve de certains régimes légaux expressément préservés. Une mesure sectorielle vient par ailleurs soutenir la filière du bâtiment : le droit d’importation applicable au fer à béton fabriqué dans la zone économique spéciale de Nkok et écoulé sur le marché national est abaissé de 10 % à 2 %, dans l’objectif affiché de faire baisser le coût des matériaux de construction. Le texte renforce enfin l’encadrement de la mobilisation des recettes publiques en garantie de financements, en exigeant une autorisation législative précise et une traçabilité intégrale des opérations, tout en resserrant le contrôle des engagements susceptibles de générer des charges supplémentaires pour l’État.

Au final, le projet de loi de finances 2027 dessine les contours d’un budget résolument tourné vers l’accélération de la croissance et la poursuite des grands chantiers du PNCD, mais dont le financement repose très largement sur l’endettement extérieur, notamment sur les marchés financiers internationaux. Un pari qui suppose, selon les propres termes du Conseil des ministres, que les objectifs de mobilisation des recettes soient effectivement tenus.

Carl Nsitou

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