Le Collectif du Peuple chrétien de l’Église évangélique du Gabon a tenu, ce mardi à Libreville, un point de presse consacré à la suspension à titre conservatoire du Directoire de l’Église, annoncée par le ministre de l’Intérieur dans un communiqué publié le 15 août. Face à cette décision, le collectif conteste les motifs avancés par les autorités, défend la régularité du Synode national tenu les 8, 9 et 10 août 2026 et appelle le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à intervenir pour mettre fin au différend.
Le collectif affirme que le Synode national s’est déroulé conformément à la charte de réunification de 1997, à la Constitution de l’Église évangélique du Gabon et aux textes régissant le Synode. Après la mise en place des membres du Conseil national, la présidence devait revenir à la Région synodale du Ntem, conformément au principe rotatoire. Trois candidats ont alors été invités à rechercher un consensus.

Après plusieurs tentatives infructueuses, les deux candidats restants ont été soumis au Synode. Le révérend Ovono Menié Moïse aurait déclaré « ne pas vouloir d’une élection » , tandis que le révérend Allogho Essimegane Jean Daniel s’en serait remis à la décision du Synode.
La Commission constitutionnelle s’est alors appuyée sur l’article 55 de la Constitution de l’Église, qui dispose : « Le Président du Conseil National est le Président de l’Église Évangélique du Gabon. Le Président de l’Église Évangélique du Gabon est désigné par le Synode National, soit par plébiscite, soit à la suite d’une élection, selon le système rotatoire des régions synodales existant. De plus, la désignation par plébiscite du Président de l’Église Évangélique du Gabon intervient lorsque la Région Synodale qui doit assurer la présidence présente une candidature unique. Le Président de l’Église Évangélique du Gabon est élu lorsque la Région Synodale présente plusieurs candidatures ».
Au terme de cette procédure, Allogho Essimegane Jean Daniel a été élu par plébiscite et installé solennellement lors du culte de clôture. Cette version des faits est toutefois contestée par la décision du ministère de l’Intérieur, qui évoque, selon le droit de réponse, des « risques avérés de troubles à l’ordre public » liés aux remous ayant entouré le processus électoral. Le collectif rejette cette justification et affirme que le Synode s’est déroulé en présence de représentants de la CEVA, de la CETA, de l’Église catholique du Gabon et de la Fédération des Églises de réveil du Gabon. Il dénonce également la présence de forces de police sur le site de l’Église, jusque dans le temple pendant les travaux. Pour les signataires, cette intervention constitue une « ingérence et entrave le fonctionnement normal de notre institution », alors que les communautés religieuses disposent, selon eux, du droit d’administrer leurs affaires de manière indépendante.

Le Collectif soulève par ailleurs la question d’une éventuelle implication des pouvoirs publics dans le différend. Il affirme que le révérend Ovono Menié Moïse aurait déclaré que sa candidature bénéficiait du soutien de l’État. Le document évoque également le fait que le président sortant de l’Église aurait été conduit devant le ministre de l’Intérieur par des agents des forces de l’ordre. Estimant que le Synode constitue l’instance suprême de l’Église et que ses décisions sont exécutoires, les signataires demandent désormais l’intervention du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour « ramener la sérénité et la paix » au sein de l’Église évangélique du Gabon.
Née au Gabon en 1842 à la suite de l’action de la mission américaine Board, puis reprise par la Société des missions évangéliques de Paris en 1892, l’Église évangélique du Gabon a obtenu son autonomie en 1961. Dans son droit de réponse, le collectif rappelle les relations entretenues entre l’Église et l’État et invoque le principe constitutionnel de laïcité ainsi que les dispositions reconnaissant aux communautés religieuses leur autonomie dans la gestion de leurs affaires. Le différend actuel intervient ainsi sur fond de contestation autour de la succession à la tête du Conseil national et de la décision gouvernementale de suspendre provisoirement son Directoire.
Nkili Akieme
