IRAF : Tout savoir pour prévenir et lutter contre les dégâts causés par la chenille légionnaire

Lors d’une cérémonie tenue mercredi à Ntoum, à une quarantaine de kilomètres de Libreville, sur la Route nationale 1, l’attaché de l’Institut de recherches agronomiques et forestières (IRAF) a procédé à la restitution des résultats de cinq années de travaux consacrés à la chenille légionnaire. Des résultats qui fournissent aux producteurs agricoles de nouvelles données pour mieux faire face à ce ravageur qu’est la chenille légionnaire. La rencontre a réuni les agripreneurs ayant participé aux différentes étapes de l’étude menée dans les zones de Ntoum 1, Ntoum 2 et Nkoltang.

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont travaillé directement avec les producteurs. Enquêtes, observations dans les champs, suivi de la présence et du niveau de dégâts, essais de pesticides et travaux en laboratoire ont constitué les principales étapes de l’étude.

Les résultats montrent que 82,3 % des producteurs interrogés connaissaient déjà la larve de la légionnaire d’automne et que 100 % déclaraient utiliser des pesticides pour lutter contre l’insecte. Les chercheurs ont notamment suivi le cycle biologique de l’insecte afin de mieux déterminer les périodes où les larves sont les plus dangereuses pour les plants de maïs.

« Nous avons commencé d’abord par une enquête pour savoir s’ils avaient déjà vu cet insecte dans leur champ et quels sont les produits chimiques qu’ils utilisent. Après ça, nous sommes venus au champ et, de là, nous avons constaté les dégâts avant de faire les prélèvements pour les amener au laboratoire », explique Alain Guy Modi Missamba, attaché de recherches à l’IRAF.

Les observations réalisées sur les parcelles ont également permis de mettre en évidence l’influence des saisons. Selon les résultats présentés, le taux d’infestation était particulièrement élevé durant les saisons sèches, avec un taux supérieur à 45 % des plantes infestées. Les chercheurs expliquent notamment que les pluies peuvent contribuer à éliminer les larves présentes sur les plants et limiter leur progression.

Autre étape, les tests d’efficacité des pesticides utilisés par les producteurs. Plusieurs produits ont été recensés, notamment l’Emacot, le Pacha, l’Acarius et le Karaté. Les essais ont montré que l’efficacité varie selon les matières actives et les doses appliquées.

« Nous avons fait des tests avec les produits qu’ils utilisent. Aujourd’hui, nous leur avons donné les résultats de toutes ces recherches et ils peuvent se focaliser sur les produits qui ont donné les résultats les plus satisfaisants », conseille Alain Guy Modi Missamba.

Pour les producteurs, ces précieuses informations permettent surtout de disposer de repères plus précis face à un ravageur auquel ils étaient déjà confrontés. Ils entendent désormais s’appuyer sur ces résultats dans leurs prochaines campagnes agricoles. « Après cinq ans, ils sont revenus et nous ont fait prendre conscience des produits qu’on doit utiliser. Nous avons retenu trois produits qui sont efficaces », a déclaré Ibrahim Njoya, Responsable des producteurs de Ntoum.

Porté par le Programme de protection des végétaux et de gestion des pesticides (PPV-GP), le projet consacré à la gestion intégrée de ‘’Spodoptera frugiperda’’ au Gabon (nom scientifique de la chenille légionnaire), a bénéficié de l’appui de la Korea-Africa Food and Agriculture Coopération Initiative (KAFACI) depuis 2020. Il visait à mieux comprendre le comportement de cet insecte et à développer des méthodes de lutte capables de limiter ses dégâts sur les cultures, notamment le maïs.

Pour l’IRAF, la recherche ne doit pas s’arrêter à la lutte chimique. « L’objectif aussi, c’est de lutter avec les biopesticides ou les ennemis naturels. Nous espérons avoir une deuxième phase pour essayer d’amener les producteurs à quitter la lutte chimique pour aller vers la lutte biologique », insiste Alain Guy Modi Missamba.

L’équipe souhaite ainsi approfondir les travaux sur les ennemis naturels déjà identifiés et vérifier leur efficacité directement sur le terrain. Au terme de ce programme quinquennal, l’IRAF appelle donc à la poursuite de l’accompagnement de ses partenaires et au soutien de l’État pour développer une lutte plus durable contre la chenille légionnaire.

M.-O. Mignonne, proposé par Tryphène Lembah et Frida Dodo

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