Nécrologie : Le talentueux cinéaste Jean Brice Chanel Mapaga repose à Mindoubé

Clap de fin. Les tam-tams se sont tus. Le rideau est définitivement tombé ce samedi au cimetière de Mindoubé où a été porté en terre, Jean Brice Chanel Mapaga, l’une des figures du cinéma gabonais de ces dernières années.

Jean Brice Chanel Mapaga s’est éteint le 27 juin, au CHU d’Akanda, emportant avec lui un morceau de la fièvre créative et politique du Gabon.

En 2008, le film « Femme multiprises » de Maggic Youngou le révèle au grand public. Puis viennent « Hôtel Mindoubé » (2012), « L’Œil de la cité » (2013), ce court-métrage réalisé avec Samantha Biffot et l’IGIS, qui décroche le Prix Canal+ au Fespaco. Une consécration qui ouvre les portes du continent.

Mais c’est en 2023 que Jean Brice Chanel Mapaga atteint son apogée artistique avec la série ÔBATANGA, réalisée par Alex OGOU. Le FESPACO lui décerne le prix de la meilleure série, consacrant des années de travail acharné. Une nomination aux KOTAS AWARDS 2023 viendra couronner cette saison de gloire.

 À l’écran, il n’incarnait pas des personnages : il les habitait, les faisait vibrer, les faisait pleurer. Le public se reconnaissait en lui, parce qu’il jouait avec l’authenticité de ceux qui ont vécu mille vies.

L’enfant qui voulait tout embrasser

Dès ses premiers pas, Jean Brice Chanel Mapaga refusa de choisir. La vie était trop courte, ou trop vaste, pour se cantonner à une seule voie. Il fut de ces esprits bouillonnants qui transforment chaque passion en accomplissement. Dans le showbiz, il était entrepreneur, flairant les talents et les tendances avant tout le monde. Copropriétaire d’un groupe de Rock and Roll, il en avait la démesure et l’âme rebelle. Directeur d’une maison de production, il façonnait les récits. Mannequin, il prêtait son allure à l’image d’un Gabon moderne.

Mais le corps, aussi, devait être dompté. Sur les tatamis du full contact, il s’est forgé une discipline de fer, jusqu’à décrocher le titre de champion du Gabon. Ceux qui l’ont affronté se souviennent encore de sa hargne silencieuse, de cette manière qu’il avait de ne jamais lâcher prise. Une leçon qu’il transposera à l’écran.

Le politique au service du peuple

Derrière l’artiste se tenait un homme de conviction. Jean Brice Chanel Mapaga ne séparait jamais l’esthétique de l’éthique. Membre du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), il voyait dans la politique le prolongement naturel de son engagement citoyen. Au sein du Parti pour les Sept Merveilles du Peuple Gabonais (7MP), il fut bien plus qu’un cadre : un pilier.

Militant depuis 2009, il gravit les échelons avec la discrétion de ceux qui préfèrent l’action aux poses. En 2024, ses pairs le portent à la présidence du parti. Quelques mois plus tard, lors du référendum, sa voix porte : il appelle les Gabonais à dire « oui » pour « l’accomplissement du rêve gabonais ». Des mots simples, lourds d’espérance, qui résument l’homme tout entier : un bâtisseur, jamais un destructeur.

Le jour de l’hommage au siège du 7MP, l’émotion était à son comble. Ngoueneni Ndzengouma, président-fondateur du parti, a dû serrer les mâchoires pour contenir ses larmes. Il a parlé de « frère » plus que de « successeur ». Il a dit : « Un homme de conviction nous quitte, mais son idéal et son œuvre continueront d’inspirer les générations futures. »

Rita Medza, vice-présidente, a évoqué un « homme de dialogue, de rassemblement ». Des mots qui trouvent un écho jusque dans les travées du gouvernement, où des ministres ont tenu à s’incliner devant la dépouille de celui qui fut, à sa manière, un contre-pouvoir et un ferment.

Jean Brice Chanel Mapaga s’en va, mais il reste. Dans la pellicule des films qui continueront de tourner, dans les mémoires des militants qui reprendront son flambeau, dans le regard de ceux qui l’ont aimé. Il a traversé la vie comme un météore, laissant derrière lui une traînée de lumière, de sueur et de larmes. Adieu l’artiste.

Marie Dorothée et Ismaël Obiang Nze

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