À l’occasion de la célébration en différé de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le Centre hospitalier régional (CHR) de Port-Gentil a organisé, ce 8 avril, une journée dédiée à l’information, au dépistage précoce et à l’accompagnement des enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA). Une initiative à forte portée sociale, visant à améliorer la compréhension de ce trouble encore entouré de nombreux préjugés.

Dès l’ouverture, la cheffe du service de pédiatrie, Dr Josiane Ngo’o Nze, a insisté sur l’urgence d’un diagnostic précoce. « Nous avons recherché les enfants présentant des troubles apparentés afin de mieux informer les familles et de mobiliser les spécialistes autour de leur prise en charge », a-t-elle expliqué. Elle a également plaidé pour un renforcement des ressources humaines spécialisées au sein du système de santé public, tout en soulignant un manque de coordination entre les acteurs, notamment les ONG et les structures privées.
La praticienne a rappelé que certains signes d’alerte peuvent apparaître très tôt chez l’enfant, notamment le retard de langage, l’absence de contact visuel ou encore des comportements répétitifs. Elle a par ailleurs relevé des difficultés administratives, indiquant que « bien que la CNAMGS facilite l’immatriculation de ces enfants en tant que personnes vulnérables, beaucoup restent sans identité légale ».
La rencontre a réuni plusieurs professionnels de santé, dont des ORL, psychologues, travailleurs sociaux et orthophonistes. Le Dr Francis Koula, membre de la Société gabonaise d’orthophonie, a précisé que « ‘les troubles de la communication peuvent être observés dès 12 à 24 mois, avec parfois une régression du langage* ». Il a insisté sur la nécessité d’un bilan pluridisciplinaire pour poser un diagnostic fiable.
Au cours de la conférence principale, les intervenants ont rappelé que l’autisme n’est pas une maladie, mais un trouble neurodéveloppemental aux manifestations diverses. Une clarification essentielle pour déconstruire les idées reçues encore tenaces dans la société gabonaise. La question de la prise en charge a occupé une place centrale dans les échanges.
Orthophonie, psychomotricité et accompagnement éducatif spécialisé ont été présentés comme des leviers indispensables pour améliorer l’autonomie des enfants concernés. Les familles, en première ligne, ont été reconnues comme des acteurs clés du suivi quotidien. Moment marquant de la journée, les témoignages de parents et d’éducateurs ont mis en lumière les défis du parcours de soins, mais aussi les progrès possibles grâce à un accompagnement adapté.
La problématique de la stigmatisation a également été largement évoquée, les organisateurs appelant à un changement de regard et à une meilleure inclusion, notamment en milieu scolaire.
À travers cette initiative, le CHR de Port-Gentil entend inscrire son action dans la durée.
« Nous allons poursuivre les campagnes de sensibilisation en collaboration avec les associations pour le bien-être des enfants », a assuré Dr Ngo’o Nze.
Dans un contexte où l’information reste encore insuffisante, cette mobilisation apparaît comme un pas important vers une meilleure prise en compte de l’autisme au Gabon, à la croisée des enjeux sanitaires, éducatifs et sociaux.
Jean-Jacques Rovaria Djodji
