Les enseignants dits radicaux demeurent majoritaires au sein du mouvement de grève qui paralyse l’enseignement public depuis le 10 décembre dernier. Réunis en assemblée générale samedi, ils ont voté la poursuite de la grève, malgré les appels de certains de leurs collègues favorables à une suspension du mouvement afin de permettre au gouvernement de mettre en œuvre ses premiers engagements.
À Libreville, l’assemblée générale de SOS Éducation la base s’est déroulée dans une atmosphère pour le moins confuse. Initialement prévue au stade de Sibang, la rencontre a finalement eu lieu dans un espace excentré du carrefour Nyali, dans le 5ᵉ arrondissement. Un problème d’autorisation serait à l’origine de ce changement de site de dernière minute.
Lors des échanges, plusieurs représentants ont plaidé pour une suspension du mouvement. Toutefois, la base a jugé insuffisantes les mesures annoncées par le gouvernement et a désavoué ses propres leaders en les mettant en minorité.
Selon des informations recueillies par la rédaction de Gabonactu.com, le vote en faveur de la suspension de la grève aurait été largement majoritaire dans les provinces de la Nyanga, au sud du pays, et du Woleu-Ntem, au nord. En revanche, dans d’autres provinces, notamment le Haut-Ogooué, considéré comme l’un des bastions du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, la poursuite de la grève aurait été privilégiée.
Vers une école à deux vitesses
Les enseignants radicaux appellent à maintenir les piquets de grève, estimant qu’ils constituent un moyen efficace de dissuasion contre toute reprise du travail. De leur côté, les enseignants modérés se disent prêts à retourner dans les salles de classe, mais redoutent des représailles de la part de leurs collègues les plus déterminés. Certains craindraient même d’être accusés de trahison.
La semaine qui s’ouvre pourrait ainsi s’avérer décisive. Radicaux ou modérés, lequel des deux camps parviendra à mobiliser le plus largement ? La question demeure entière.
Les faits et gestes d’Oligui Nguema scrutés
Un communiqué largement relayé sur les réseaux sociaux annonce la présence, ce lundi matin, du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema au lycée national Léon Mba, à l’occasion de la traditionnelle levée des couleurs.
Si cette pratique n’est pas nouvelle en soi, elle revêt cette fois une dimension particulière. Au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, l’ancien général s’était rendu dans plusieurs établissements scolaires pour assister à ce rituel républicain qu’il a contribué à remettre au goût du jour.
Sa visite dans un établissement en pleine grève suscite cependant de nombreuses interrogations. Les élèves et les enseignants seront-ils présents ? Le chef de l’État prendra-t-il la parole ? Et surtout, que dira-t-il face à cette crise sociale majeure, la première de son régime, qu’il a jusqu’ici observée à distance ?
Carl Nsitou
