Invité sur le plateau de nos confrères de la télévision française, TV5 Monde, mercredi, l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba, le dernier de l’ère des Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nzé, a dressé un réquisitoire sans concession de la gestion du Gabon par Brice Clotaire Oligui Nguéma et son gouvernement. Entre dérive budgétaire, crise sociale, isolement diplomatique et restriction des libertés publiques, le Président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG), arrivé second à la présidentielle d’avril 2025, n’a jamais paru aussi offensif. Avec l’esprit incisif et didactique qu’on lui connait, Bilie-By-Nzé croit avoir étalé toutes les limites de l’establishment au pouvoir, appelant à une refondation urgente des bases de la gouvernance du Gabon.
Alors que le Gabon fait face à une vague de contestations, notamment une grève des enseignants qui s’enlise, Alain-Claude Bilie-By-Nzé estime que c’est au gouvernement de donner des réponses précises aux revendications légitimes des enseignants qui sont anciennes et structurelles.
Confirmant l’exclusion du Gabon de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), Bilie-By-Nzé y voit le signe d’un affaiblissement de la voix gabonaise sur la scène mondiale. « Il ne suffit pas de rentrer de Washington avec une casquette. Il y a la Realpolitik », a-t-il ironisé, rappelant également les restrictions de visas imposées par certains pays comme l’Australie.
Interrogé sur la responsabilité de l’ancien régime dans l’endettement actuel du pays, Bilie-By-Nzé a répliqué par une offensive chiffrée. Selon lui, les indicateurs économiques ont plongé depuis le coup d’État d’août 2023. « Lorsque je quitte mes fonctions, la dette de l’État était à 56 % du PIB. Trois ans après, on est à 73 %. Elle est projetée à 80 % en fin d’année et 85 % en 2027 », assène-t-il, s’appuyant sur les statistiques officielles de la CEMAC et du FMI.

A l’appui de ces données, l’ancien Premier ministre dénonce une dilapidation des ressources dans des « projets non essentiels », déplore-t-il, citant la construction de 52 villas pour les chefs d’État à la Cité de la démocratie de Libreville, alors que les écoles et les dispensaires manquent cruellement d’équipements.
Changement de cap
Selon lui, le peuple n’adhère plus à la gouvernance du pouvoir en place et le manque de manifestations s’expliquerait par la peur des représailles. Il en veut pour preuve, l’incarcération de journalistes et de syndicalistes.
Déjà la veille, chez nos confrères de Global Africa Télésud, Alain-Claude Bilie-By-Nzé, avait révélé qu’il faisait lui-même l’objet des menaces répétés par les services de « la présidence de la République et par le président lui-même », a-t-on appris.
« Les gens vivent dans la peur parce que c’est un pouvoir militaire », a-t-il affirmé, décrivant une population étouffée par la vie chère et l’absence de solutions pour l’emploi. « La cocotte-minute est en train de monter, elle est en train de bouillir », prévient-il, assurant que l’opposition « prendra ses responsabilités » dans les mois à venir.
Adoptant la posture de l’opposant radical, Alain-Claude Bilie-By-Nzé juge « intenable » le régime actuel qui cumulerait deux ans de transition et sept ans de mandat présidentiel. « Neuf ans, c’est deux mandats américains. Ce n’est pas possible. Quelqu’un craquera. Si ce n’est pas lui [le Président de la Transition], c’est le peuple », a-t-il martelé.
Pour « dénouer cette crise », l’ancien Premier ministre appelle à la tenue d’États généraux de la nation pour refonder la constitution, les institutions et les leviers essentiels à l’unité nationale, à la reconstruction et au développement du pays.
Féeodora Madiba et Bétines Makosso
