» De la technologie à la valeur : “ l’Intelligence Artificielle au service du développement économique africain”. Regards croisés sur les modèles européens, américains et chinois : quels enseignements pour le développement de l’IA en Afrique ? Par Virginie MOUNANGA – Doctorante en Intelligence Artificielle et gouvernance des données, certifiée Data privacy & Technology, Harvard Business University
Aujourd’hui, partout dans le monde, la transformation numérique est présentée comme un moteur de modernisation.
En Afrique, l’arrivée de l’intelligence artificielle suscite un enthousiasme croissant, souvent porté par l’idée que la technologie, à elle seule, pourrait accélérer le développement du continent. Mais cette fascination pour l’outil occulte une réalité fondamentale : l’IA n’a de valeur que si elle s’inscrit dans une stratégie économique claire.
Progressivement, les débats sur le continent africain se concentre sur l’adoption de technologies, la formation aux outils ou la création d’écosystèmes d’innovation et un peu plus sur les enjeux de gouvernance et souveraineté. Or, l’enjeu n’est pas uniquement centré sur l’adoption de l’IA” aujourd’hui mais plutôt de savoir à quoi elle doit servir et comment elle accélère la croissance de nos économies.
En réalité, l’Afrique ne pourra tirer parti de cette révolution que si elle aligne l’IA sur les secteurs les plus performants de ses économies : agriculture, énergie, logistique, services financiers, industries culturelles, santé.
C’est dans ces chaînes de valeur que l’IA peut réellement augmenter la productivité, réduire les coûts, structurer des marchés et créer de la richesse.
Si l’on tient compte du rapport , le continent doit adopter une approche hybride, lucide et ambitieuse. D’un côté, l’audace entrepreneuriale américaine, qui a permis l’émergence d’acteurs capables de transformer des technologies en empires économiques. De l’autre, la rigueur réglementaire européenne, indispensable pour sécuriser les données, protéger les citoyens et créer les conditions d’une économie de la donnée souveraine. Car sans cadre juridique solide, il n’y aura ni confiance, ni investissement, ni capacité à commercialiser nos propres données.
La clé est là : la souveraineté des données. Sans maîtrise de nos données, l’Afrique restera consommatrice de technologies conçues ailleurs, dépendante de plateformes étrangères et incapable de capter la valeur créée par ses propres marchés. Avec une gouvernance robuste, en revanche, les données deviennent un actif stratégique, un moteur de productivité et un levier d’industrialisation. Elles permettent de structurer des politiques publiques plus efficaces, d’optimiser les chaînes de valeur et de soutenir l’émergence d’entreprises capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Mais cette ambition exige de repenser en profondeur l’économie numérique africaine. Trop souvent, les initiatives se dispersent, les stratégies s’empilent, et les investissements se fragmentent. Il est temps de sortir de la logique du “tout numérique” pour entrer dans celle du numérique au service de l’économie. La formation, l’innovation, les startups, les hubs technologiques ne sont pas des objectifs en soi : ce sont des conséquences d’une vision économique structurée autour de secteurs prioritaires.
L’Afrique n’a pas besoin d’être partout. Elle doit être là où la valeur se crée. L’IA ne doit pas être un symbole de modernité, mais un instrument de puissance économique. Et l’économie numérique ne doit plus être un slogan, mais une stratégie.
Le continent a l’opportunité historique de définir son propre modèle : un modèle qui combine souveraineté, performance et innovation. À condition de replacer l’économie au centre, et la technologie à sa juste place pour en faire un levier économique.
À défaut, les fragilités observées dans l’adoption des usages de l’IA, sans réel cadre de gouvernance, réduiront la portée de cette technologie à des débats centrés uniquement sur les risques, plutôt que sur son potentiel réel de transformation économique et de croissance durable — et c’est précisément sur cela que nous devons nous concentrer aujourd’hui.
Virginie Mounanga Doctorante en intelligence artificielle et gouvernance des données Certifiée Data privacy and technology – Harvard business University Ceo Cristal XP
