Addictions : prévenir avant l’urgence, un enjeu majeur de santé publique

Le Centre national de santé mentale (CNSM) a organisé, en ce mois de janvier consacré à la santé mentale, une journée de sensibilisation dédiée au thème des « addictions et de leurs conséquences » à l’Institut français du Gabon.

Une initiative à visée préventive, face à un constat alarmant :  « la majorité des patients reçus arrivent en situation de crise avancée et nous voulons désormais éviter ça » a confié Bekale Leïla , psychologue clinicienne et membre de la commission d’organisation. L’objectif de ces journées est de « donner aux populations les outils nécessaires pour reconnaître les premiers signes de l’addiction et consulter avant que la situation ne se dégrade ». Une démarche essentielle pour éviter des prises en charge longues, lourdes et douloureuses, tant pour les patients que pour leurs familles.

Au cours de cette journée, était conviée ministre de la santé, responsable d’ONG, officiers de police judiciaire, confessions religieuses et bien d’autres afin de mieux véhiculer le message.

Les intervenants ont rappelé que l’addiction est une « maladie chronique », définie par l’Organisation mondiale de la santé comme « une dépendance à une substance ou à un comportement, caractérisée par la perte de contrôle et la poursuite malgré les conséquences négatives ». Alcool, tabac, drogues, médicaments détournés, mais aussi jeux, téléphone, réseaux sociaux ou paris sportifs : les formes d’addictions sont multiples et souvent banalisées.

Les professionnels du CNSM ont souligné une réalité préoccupante au Gabon : une forte proportion de jeunes adultes, principalement des hommes, souffrant de polyconsommations, notamment de cannabis, souvent associées à des troubles psychiatriques. Faute de consultation précoce, ces patients arrivent fréquemment en état de détresse aiguë.

Face à ce fléau, le CNSM mise sur la prévention comme remède principal. La sensibilisation gratuite et ouverte à tous, relayée principalement via les réseaux sociaux, afin de toucher le plus grand nombre. Ces journées visent à vulgariser l’information, briser les tabous autour de la santé mentale et encourager une démarche de consultation précoce.
La directrice du centre, le Dr Reine Dope Koumou, a insisté sur la nécessité d’une approche globale : « L’addiction ne concerne pas uniquement la santé. Elle touche l’éducation, la famille, la sécurité et l’avenir même de notre société. »

Invité d’honneur de cette journée, le Dr Alphonse Louma, figure engagée depuis plus de 30 ans dans la lutte contre les addictions au Gabon, a livré un message fort : « La lutte contre la drogue doit devenir une grande cause nationale. Il faut une mobilisation collective, politique, sociale et familiale. »

Pour le spécialiste, l’addiction n’est pas une fatalité. Si l’on ne parle pas de guérison définitive, la rémission est possible, à condition de reconnaître la maladie, d’éviter le déni et de bénéficier d’un accompagnement adapté. « Il n’y a pas d’addicts qui veulent l’être. Derrière chaque addiction, il y a une souffrance », a-t-il rappelé.

Cette journée a mis en lumière l’urgence de prévenir plutôt que guérir, d’informer pour protéger et d’agir collectivement pour préserver le capital humain . Le CNSM entend poursuivre ces actions, avec une prochaine sensibilisation prévue dans les tout prochains mois. Dans sa volonté d’agir au plus près des réalités contemporaines, elle compte utiliser les réseaux sociaux pour une communication encore plus efficiente.

Betines Makosso

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