Journée « Mangrove sans déchets » :  l’association la Liane alerte sur la dégradation avancée des mangroves

Les mangroves bordant la voie de contournement de Libreville, notamment à proximité du futur projet de parc, présentent un niveau de dégradation préoccupant. Ce constat alarmant a été dressé à l’issue de la Journée « Mangrove sans déchets », organisée le samedi 17 janvier 2026 par l’association La Liane, en collaboration avec plusieurs institutions publiques, ONG environnementales et acteurs scientifiques.

De 9h à 13h, quatorze bénévoles, accompagnés de représentants de la mairie de Libreville, de la Direction générale des Écosystèmes aquatiques (DGEA), de la Direction générale de l’Environnement et de la Protection de la nature (DGEPN), du CENAREST, ainsi que des ONG Green Vision et Clean-Africa, ont mené une opération de sensibilisation, d’observation et de collecte de déchets au cœur de cet écosystème côtier stratégique.

Le bilan de l’opération est sans équivoque : 16 sacs de déchets divers, trois congélateurs hors d’usage et quatre portes ont été extraits de la mangrove. Des déchets plastiques, sanitaires, des ferrailles, textiles, gravats et déchets dangereux ont également été collectés, révélant l’ampleur des dépôts anarchiques, accentués par le ruissellement urbain et les marées.

Selon les observations de terrain, la déforestation partielle de la mangrove a rendu la zone plus accessible, favorisant une fréquentation non encadrée de pêcheurs et de familles, sans dispositifs d’aménagement ni de gestion des déchets.

Cette situation entraîne l’asphyxie des racines de palétuviers, la pollution des eaux et une menace croissante pour la faune aquatique. Présent à l’activité, le directeur général adjoint de la DGEA, Jean Fortuné Ntouna Kambangoye, a rappelé le rôle stratégique des mangroves pour le Gabon.

« Préserver la mangrove, c’est protéger notre littoral, soutenir la pêche artisanale et renforcer la résilience climatique de nos communautés », a-t-il déclaré, soulignant que ces écosystèmes constituent de véritables barrières naturelles contre l’érosion et les inondations, tout en stockant jusqu’à trois fois plus de carbone que les forêts terrestres. Pour le Dr Saint Bickolard Mabicka Iwangou, chercheur à l’IRAF/CENAREST, la mangrove fait partie des écosystèmes les plus précieux mais aussi les plus fragiles au monde.

« La mangrove joue un rôle essentiel dans la protection du littoral, la régulation du climat et la préservation de la biodiversité, tout en soutenant les moyens de subsistance des communautés riveraines », a-t-il indiqué, mettant en garde contre les conséquences durables de sa dégradation.

Au-delà du constat, l’association La Liane plaide pour une approche constructive. Son président, Louey Ntogolo Christophen, appelle à l’ouverture urgente d’un cadre de concertation associant pouvoirs publics, experts, ONG et communautés locales, en vue de l’élaboration d’un plan concerté de suivi, de restauration et de valorisation durable de la zone.

« La mangrove n’est pas un obstacle au développement. Elle en est une condition essentielle. Elle protège nos littoraux, soutient la pêche artisanale, filtre les pollutions et constitue un rempart naturel face aux changements climatiques. Lorsqu’elle est dégradée sans mesures compensatoires ni suivi rigoureux, c’est tout un système écologique et humain qui est fragilisé. L’ONG La Liane ne se positionne pas dans la dénonciation stérile, mais dans l’action responsable et le dialogue constructif », a-t-il précisé.

L’objectif affiché est de transformer cet espace dégradé en un parc écologique, éducatif et inclusif, conciliant conservation de la nature, sensibilisation environnementale et développement durable. Une ambition qui, selon l’ONG, nécessite une volonté politique affirmée, un suivi environnemental transparent et l’implication active des populations locales.

Face à l’urgence écologique, la Journée « Mangrove sans déchets » s’impose ainsi comme un signal d’alarme, mais surtout comme un appel à l’action collective pour la préservation d’un patrimoine naturel essentiel à l’avenir environnemental, social et économique du Gabon.

      Antoine Relaxe

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