Grève des enseignants : SOS Éducation durcit le ton et paralyse les écoles de Port-Gentil

La tension sociale reste vive dans le secteur de l’éducation nationale. À Port-Gentil, le mouvement syndical SOS Éducation a franchi un nouveau palier ce lundi 19 janvier, en durcissant la grève des enseignants, entraînant la fermeture totale de tous les établissements scolaires publics de la capitale économique.

Depuis le 5 janvier dernier, les enseignants du primaire et du secondaire observent un mouvement de débrayage pour réclamer, entre autres, le paiement des rappels solde, la régularisation des situations administratives, l’amélioration des conditions de travail et la revalorisation des carrières. Des revendications que SOS Éducation qualifie de « légitimes et fondées ».

Dans les principaux établissements scolaires de la ville de Port-Gentil, le constat est sans appel. Au lycée Thuriaf Batsantsa, qui accueille plus de 6 000 élèves, aucun apprenant n’était présent. « Un silence de cimetière » régnait dans l’enceinte de l’établissement. Même situation au lycée Joseph Ambouroue Avaro, au C.E.S du Parc et à son annexe, où salles de classe et cours sont restées totalement désertes. Par mesure de prudence, de nombreux parents ont préféré garder leurs enfants à la maison.

Pour SOS Éducation, cette mobilisation massive traduit la détermination des enseignants.

« Nous constatons que tous les établissements sont fermés et par conséquent, il nous fallait nous réunir pour galvaniser les troupes afin qu’on soit au piquet de grève », a déclaré Léonce Be Mezui, enseignant d’histoire-géographie et d’éducation à la citoyenneté, membre du mouvement. 

Le syndicat dénonce par ailleurs le silence persistant du gouvernement face à des revendications qui, selon lui, durent depuis plusieurs décennies.

« Nous nous sentons marginalisés parce qu’il s’agit là des problèmes qui ont une longévité de 20 ans, 25 ans, 15 ans et même plus. Le communiqué n°001 a raté parce que les enseignants ont eu raison. Quand l’enseignant décide que les élèves ne doivent pas se rendre dans les établissements, il faut comprendre. Quand on veut pêcher un requin, il faut aller avec l’idée de pêcher une baleine », souligne le syndicat.

SOS Éducation alerte également sur les conséquences pédagogiques d’une crise sociale prolongée, estimant que les élèves demeurent les premières victimes de l’absence de dialogue entre l’État et les partenaires sociaux. De son côté, l’enseignant Paterne Ndong Nkoulou s’en est pris à la gestion du dossier par les autorités :

Les enseignants de Port-Gentil faisant une assemblée générale au piquet de grève  ce lundi 19 novembre  © Gabonactu.com

« La logique voudrait qu’on règle d’abord la question des enseignants avant d’envoyer les enfants à l’école. Le SG tente de mettre la pression en utilisant les apprenants comme bouclier. Pierre Mintsa qui est aux affaires sociales vient faire quoi dans les problèmes de l’éducation ? Tout le fiasco de la semaine dernière c’est lui qui l’a orchestré. Il peut s’amuser avec tout le monde mais pas avec l’enseignant ».

Le syndicat prévient enfin que la base reste souveraine dans la conduite du mouvement.

« Je vous assure, quel que soit le lieu, le temps, c’est nous seuls qui sommes en mesure de décider de la suspension du mouvement ou de sa poursuite. Qu’ils aillent même à la présidence, la grève a été lancée par la base et c’est elle qui a le dernier mot. Il faut d’abord traiter le problème avec les techniciens que nous sommes », a martelé Paterne Ndong Nkoulou.

Face à cette situation, SOS Éducation appelle à l’ouverture immédiate de négociations sincères, assorties d’engagements clairs et de délais précis, tout en n’excluant pas un nouveau durcissement du mouvement si aucune avancée concrète n’est enregistrée. En attendant, enseignants, parents et élèves demeurent suspendus à l’issue de ce bras de fer social, dans l’espoir de sauver l’année scolaire et de restaurer la confiance dans le système éducatif national.

Jean-Jacques Rovaria Djodji

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