Le général Mamadi Doumbouya a été investi samedi président de la Guinée dans un stade à Conakry, devant environ 50.000 personnes, mettant fin à son rôle de chef de la transition après avoir pris le pouvoir par la force il y a plus de quatre ans.
M. Doumbouya, plébiscité le 28 décembre avec 86,72% des voix à la présidentielle, est apparu amaigri mais visiblement en bonne forme lors de la cérémonie, qui a duré plusieurs heures.
Vêtu d’un grand boubou traditionnel africain assorti à un bonnet blanc, il a prêté serment sur la nouvelle constitution, approuvée par référendum pendant la transition en septembre 2025.
« Je jure devant Dieu et devant le peuple de Guinée de respecter et de faire respecter scrupuleusement la Constitution, les lois et les décisions de justice », a-t-il déclaré, la main droite levée.
Après sa prestation de serment, il a dit vouloir une « gouvernance participative pour construire une Guinée de paix et de prospérité ».
« Ma main reste toujours tendue à toutes les filles et tous les fils de Guinée (car) on ne construit pas une nation dans la division et on ne bâtit pas la prospérité sur la haine », a ajouté M. Doumbouya.
– Mandat des femmes –
Il a également proclamé ce mandat comme celui des femmes, « parce qu’il n’y a pas de développement durable sans la participation pleine des femmes », a martelé le général de 41 ans, qui avait fait samedi midi son entrée dans le stade Lansana-Conté en saluant la foule, debout dans un véhicule militaire escorté par des motards.
Depuis de longs mois, il n’avait fait que de très rares apparitions et n’avait pas pris la parole en public, alimentant nombre de rumeurs et spéculations sur son état de santé et sa capacité à exercer ses nouvelles fonctions. Ces dernières semaines, le nouveau chef de l’Etat ne s’était exprimé que dans des vidéos préenregistrées.
Il a ainsi remporté l’élection présidentielle du 28 décembre sans faire campagne sur le terrain.
Les spectateurs, vêtus de t-shirts verts, jaunes ou rouges – les couleurs du drapeau national – ont assisté avant le début de la cérémonie d’investiture à la prestation de plusieurs artistes, dont les stars maliennes Sidiki Diabaté et Oumou Sangaré.
L’évènement a été marqué par la présence de nombreux chefs d’Etat africains dont Paul Kagamé (Rwanda), Adama Barrow (Gambie), Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie), Joseph Boakai (Liberia).
Le général Assimi Goïta, à la tête du Mali depuis le double coup d’Etat de 2020 et 2021, était aussi présent, de même que le chef d’Etat du Gabon, le général Brice Clotaire Oligui Nguema.
– Chape de plomb-
La France était représentée à Conakry par sa ministre déléguée chargée de la Francophonie, Eléonore Caroit.
Mamadi Doumbouya, qui dirige d’une main de fer la Guinée depuis un coup d’Etat en 2021, a remporté une élection taillée sur mesure, face à des adversaires sans envergure. Il a été élu pour un mandat de sept ans.
En septembre 2021, à la tête des hommes du Groupement des forces spéciales dont il est issu, le colonel Mamadi Doumbouya avait pris d’assaut le palais présidentiel et renversé le président élu Alpha Condé.
Il avait alors promis que ni lui ni aucun membre de la junte ne se présenterait à une élection à la fin d’une période de transition.
Candidat indépendant à la présidentielle, le général Doumbouya était soutenu par un mouvement qui porte ses initiales, GMD: Génération pour la Modernité et le Développement.
Depuis le début du règne de la junte, une chape de plomb s’est abattue sur la Guinée.
Plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations – interdites depuis 2022 – sont réprimées et de nombreux dirigeants de l’opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil.
Dans un communiqué jeudi, un collectif regroupant des organisations de la société civile a dénoncé les « multiples violations graves » des droits humains et des libertés publiques, selon elle, dans le pays.
La coordination nationale du collectif « Tournons la page » (TLP) « interpelle les chefs d’Etats (…) sur les actes de répression et de violence commis par les forces de défense et de sécurité contre les paisibles citoyens guinéens qui exerçaient leur droit à la liberté d’expression ».
TLP accuse notamment le régime de M. Doumbouya d’avoir tué 70 personnes entre 2022 et 2025 lors de manifestations, interdites depuis 2022 par les autorités.
AFP
