À Libreville, le Comité ministériel de pilotage (CMP) prévu ce 15 janvier 2026 s’annonce décisif pour l’avenir de la pêche thonière dont les chalutiers européens sont les principaux acteurs. Selon le média en ligne Gabonreview, cette réunion de haut niveau, présidée par le vice-président du gouvernement, doit entériner la rupture définitive entre le Gabon et l’Union européenne (UE) en matière d’accords de pêche.
Cette orientation prolonge la décision prise en juin 2025, lorsque les autorités gabonaises ont engagé une procédure unilatérale de dénonciation des protocoles signés avec Bruxelles. Les travaux du CMP s’appuieront sur les dossiers techniques élaborés par la Direction générale de la pêche et de l’aquaculture, appelés à servir de base à une nouvelle politique de gestion des ressources marines.
Au cœur de cette rupture, le gouvernement pointe le déséquilibre financier des accords conclus avec l’UE. Le protocole initial de 2007, renouvelé en 2021, aurait généré près de 17 milliards de FCFA sur cinq ans. Un montant jugé faible face aux charges supportées par l’État, notamment en matière de surveillance de la Zone économique exclusive et de lutte contre la pêche illégale.
Les autorités dénoncent également un modèle peu bénéfique pour l’économie nationale. Les captures, en particulier le thon, quittent les eaux gabonaises pour être transformées à l’étranger, sans retombées significatives en termes d’emplois ou de valeur ajoutée locale. Une situation que Libreville ne souhaite plus prolonger.
La nouvelle feuille de route soumise au CMP repose sur une transformation en profondeur du secteur. Elle prévoit la mise en place d’infrastructures industrielles, la création de ports de pêche dédiés et le développement d’unités locales de transformation, afin de structurer une filière nationale solide et compétitive.
À travers cette stratégie, le Gabon vise une hausse durable de la contribution de la pêche au produit intérieur brut, aujourd’hui limitée à environ 1,5 %. Toujours selon Gabonreview, cette rupture avec l’Union européenne marque un choix assumé qui est de reprendre le contrôle des ressources marines et inscrire la pêche au cœur d’un projet de développement économique plus souverain et plus inclusif.
Dans un article de Gabonactu.com paru lors de l’annonce de la dénonciation de l’accord, l’ambassadrice de l’Union européenne au Gabon, Cécile Abadie, avait exprimé la position de Bruxelles tout en soulignant l’importance du dialogue pour l’avenir. « Le momentum est là, il était déjà là. Peut‑être qu’il y a une sorte d’accélération du calendrier, mais cette disponibilité à échanger et à entrer en négociation est déjà acquise de notre côté », avait‑elle déclaré. Elle reconnaissait toutefois que l’annonce du Gabon avait été « accueillie avec surprise et une certaine déception ».
Christina Thélin Ondo
