Marketing sexuel : quand les jeunes filles font la promotion de leurs formes

Dans une partie de la société gabonaise, le corps s’est imposé comme un outil économique, un levier de promotion sociale, parfois même comme une source de revenus indirecte. Ce phénomène, que l’on peut qualifier sans détour de marketing sexuel, s’affiche désormais sans complexe, dans la rue comme sur les réseaux sociaux.

Tenues outrageusement courtes, vêtements moulants à l’extrême, dos et ventre bus, cuisses et postérieurs ostensiblement exposés : le style vestimentaire n’est plus un choix anodin, mais une stratégie de visibilité. Depuis plusieurs années au Gabon, le corps féminin est transformé en vitrine permanente dans les marchés, l’administration, lieu de culte ou rendez-vous galant, etc…

Cette exposition n’a rien d’innocent. Elle répond à une logique claire : attirer, provoquer, capter l’attention, puis convertir cette attention en avantages matériels ou relationnels. À ce stade le corps devient un capital, exploité avec méthode. Dans ce jeu de la séduction, certaines femmes ne parlent plus d’amour mais d’opportunités. Les prétendants sont évalués selon leur solvabilité, les relations se hiérarchisent selon leur rentabilité. Restaurants chics, soirées huppées et cercles mondains deviennent des terrains de chasse assumés.

Le sourire, l’attention, la disponibilité apparente sont savamment dosés. L’objectif n’est pas la relation durable, mais le profit immédiat ou stratégique. Pour la jeune fille gabonaise la romance se transforme en opération marketing, où l’homme devient client et la relation, un service à forte valeur ajoutée. Dans ce jeu du donner et du recevoir, le numérique a décuplé le phénomène. Instagram, Snapchat, TikTok et Facebook servent désormais de catalogues corporels. Filtres excessifs, poses calculées, chorégraphies suggestives : le corps est mis en scène, scénarisé, monétisé symboliquement.

Au fil des années TikTok a su s’imposer comme l’épicentre de cette dérive, avec des contenus de plus en plus provocateurs, parfois à la frontière de la pornographie soft. L’objectif est clair : générer du désir, attirer des messages privés, transformer les vues en propositions concrètes.

Le marketing sexuel n’est pas exclusivement féminin. Certains hommes également s’inscrivent dans la même logique : exhibition musculaire, postures virilistes caricaturales, hypersexualisation de l’image masculine. Dans les salles de sport, les lieux de loisirs ou les réseaux sociaux, le corps masculin est lui aussi utilisé comme argument de séduction et de domination symbolique.

Plus grave encore, cette marchandisation du corps s’étend à des sphères inquiétantes : sexualisation précoce sur les réseaux sociaux par des jeunes filles (influenceuses et stars), banalisation de la prostitution numérique via WhatsApp ou Telegram, consommation massive d’images suggestives. La demande alimente l’offre, et l’offre façonne les comportements. Dans notre société où le regard est devenu une monnaie et le clic une validation, le marketing sexuel prospère sur le vide des repères et l’illusion de la réussite rapide. Derrière le glamour apparent, c’est une économie du corps, brutale et déshumanisante, qui s’installe. Le phénomène interroge : que dit-il de nos modèles de réussite ? De notre rapport à l’intimité, à la dignité, à la valeur humaine ? À force de transformer le corps en marchandise, c’est l’individu lui-même qui se retrouve réduit à un produit périssable, soumis aux lois impitoyables du marché de l’image.

En somme, le marketing sexuel n’est pas une anecdote. C’est le symptôme d’un malaise social profond, que ni les filtres, ni les likes, ni les faux sourires ne parviendront à masquer durablement.

         Jean-Jacques Rovaria Djodji

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