Dans une lettre ouverte, adressée au président de la République, chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguéma, le Président du Mouvement des réformateurs (Moref), Alexandre Désiré Tapoyo, a exprimé avec gravité sa profonde indignation à la suite de la suggestion faite par le Président du Conseil économique, social, culturel et environnemental (CESCE) sur un possible retour de la peine de mort au Gabon, à cause de la réapparition des crimes dits rituels et de sang dont les gabonais sont directement ou indirectement victimes. L’ancien ministre des Droits humains (2014-2015), en plus de s’étonner du cadre et de l’opportunité d’une telle suggestion appelle le Chef de l’Etat à tourner le dos aux sirènes de la mort et de l’arbitraire. « Je refuse que le Gabon légitime la mort au nom de la justice. Avec de nombreux autres compatriotes, je choisis la vie, la responsabilité et l’honneur républicain », a-t-il préconisé.
Convoquant la mémoire de Victor Hugo (1802 – 1885), Alexandre Désiré Tapoyo est d’accord pour affirmer avec le célèbre poète, dramaturge, romancier et dessinateur français que « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie », ou à reconnaitre sans détour avec le philosophe français, Albert Camus (1913 – 1960), que la peine de mort est « le meurtre le plus prémédité qui soit ».
Nourri par ces sentences, mais pas seulement, le Président du Moref prévient que la peine de mort ne dissuade pas durablement le crime. Elle apaise parfois les passions, mais elle n’apaise jamais la société. Il clame haut et fort que le Gabon ne peut pas, ne doit pas, et ne reviendra pas en arrière sur la question de la peine capitale.
Tout en associant toutes les croyances traditionnelles et religieuses qui partagent l’idée que la vie est profondément sacrée, Alexandre Désiré Tapoyo, croit savoir que ce débat porte une dimension spirituelle. « L’Église catholique, par la voix de Saint Jean-Paul II, a été claire : La peine de mort est une mesure cruelle et inutile. Ôter la vie n’a jamais purifié une société ; cela ne fait que l’endurcir. Mais au-delà de la foi, c’est la raison qui parle », a-t-il plaidé.
A l’attention du président de la République, Il rappelle que le Gabon est lié à de multiples instruments juridiques internationaux auxquels il a librement souscrit et qu’il a, tout aussi librement, ratifiés et traduit en principes et dispositions légales internes. C’est dire combien le Gabon a fait le choix limpide et assumé de l’abolition.
Celle-ci initiée en 2007 et rendue définitive en 2010, n’est donc ni accidentelle ni cosmétique. Revenir sur cette avancée serait non seulement une régression juridique évidente, mais aussi et surtout un désaveu retentissant de la parole de l’État gabonais sur la scène diplomatique mondiale, a-t-il martelé.
Les solutions sont ailleurs
A l’endroit de ceux de ses compatriotes qui militent pour la peine de mort, l’ancien ministre des Droits humains les incitent à se poser la question cruciale de savoir les raisons profondes et mystico-spirituelles qui poussèrent, il y a 40 ans, la communauté autochtone de Libreville, à laquelle il appartient (les Mpongwè) à peser de tout son poids, auprès de feu président Omar Bongo, pour que cessent les exécutions judiciaires qui avaient lieu jadis à la place dite de « Hollando » de Libreville jusqu’à 1985.
« Ils trouveront peut-être quelques réponses susceptibles de leur faire réviser leur position. Qu’à cela ne tienne, la vérité implacable, celle qui ne souffre d’aucune ambiguïté, est toute simple : aucune justice humaine n’est infaillible. Or la peine de mort est à sens unique une fois exécutée sur un accusé », fait-il observer.
Au lieu de la peine de mort, le Gabon a aujourd’hui besoin d’institutions plus fortes, plus crédibles et plus exemplaires. Il a besoin de justice efficace, de prévention, de réformes pénales sérieuses, et non de solutions spectaculaires destinées à flatter la colère populaire.
« La justice ne se gouverne pas à l’émotion. Après une année 2025 lourde en pénibilité de tous ordres jusqu’au dernier jour, je le dis solennellement, avec le profond respect et la déférente loyauté qui m’habite à votre égard : réintroduire la peine de mort serait une erreur politique grave, une faute morale, une faute historique et un aveu d’échec », a-t-il conclu, s’adressant à Brice Clotaire Oligui Nguéma.
M.-O. Mignonne
