Le Gabon par le biais de l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV), a annoncé dans un communiqué ce 4 novembre 2026, à, Londres, la signature d’accords de cession de crédits carbone souverains avec SEFE, une société internationale d’énergie détenue par l’État allemand. L’opération porte sur un volume d’environ 6 millions de tonnes de CO₂ éligibles au mécanisme CORSIA, avec des premières livraisons attendues au plus tard au premier trimestre 2027.
Cette transaction marque une étape importante pour le Gabon sur les marchés internationaux du carbone. Avec ces accords, le pays veut faire reconnaître financièrement les efforts consentis depuis plusieurs décennies pour préserver son couvert forestier, tout en transformant ses performances environnementales en ressources économiques susceptibles de contribuer à son développement.
Les crédits concernés sont issus du standard international ART-TREES et reposent sur le statut du Gabon en tant que pays à forte couverture forestière et à faible taux de déforestation (HFLD – High Forest, Low Deforestation). Ils rémunèrent ainsi les résultats obtenus par le pays en matière de conservation de ses forêts.
Avec cette opération, le Gabon devient, selon l’AGADEV, le premier pays africain à commercialiser des crédits carbone issus de la préservation de sa forêt dans le cadre de ce dispositif. Le pays figure désormais parmi le cercle restreint des États engagés sur ce segment du marché climatique international.

Hormis dimension financière, le Gabon tient à lever toute ambiguïté sur la nature de cette transaction. Il ne « s’agit nullement d’une cession de terres, encore moins d’un transfert de propriété des forêts gabonaises ». Le pays commercialise exclusivement des unités de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, tandis que la propriété et la gestion de son patrimoine forestier demeurent pleinement sous sa souveraineté.
« La forêt gabonaise est un bien commun que nous transmettons aux générations futures. En traitant avec des partenaires de premier rang, le Gabon fait entendre sa voix sur les marchés climatiques mondiaux. Nous continuerons à protéger cette forêt, comme nous l’avons toujours fait », a rappelé Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République.
Cette orientation traduit la volonté des autorités de faire de la préservation de l’environnement un levier de création de richesses, sans remettre en cause le contrôle national sur les ressources naturelles. Pour l’AGADEV, ces accords consacrent une évolution dans la manière dont les performances environnementales du pays sont reconnues et valorisées sur le plan international.
« Ces accords confirment que les forêts du Gabon ne sont plus seulement un actif environnemental de classe mondiale. Elles ont une valeur financière que les marchés découvrent et que les acteurs majeurs reconnaissent. Notre exigence est que cette valeur serve d’abord le Gabon et les communautés qui protègent ces forêts, dans la transparence », a précisé Scyrielle P. Sende Etali, Administrateur Directeur général de l’AGADEV.
L’AGADEV insiste notamment sur la nécessité de faire bénéficier le pays et les populations impliquées dans la protection des écosystèmes forestiers des retombées de cette valorisation.
Le choix de SEFE constitue également un élément important de cette opération. Détenue par le gouvernement allemand, cette société internationale d’énergie intervient sur les marchés énergétiques et environnementaux, dans un contexte où les exigences de vérification, de traçabilité et de crédibilité des actifs carbone occupent une place croissante.
Pour le Gabon, cette collaboration doit permettre de démontrer que ses crédits carbone répondent aux exigences des marchés internationaux les plus avancés et de préparer de futures transactions.
« Cet accord s’inscrit dans notre engagement à accompagner nos clients dans la réduction de leurs émissions de carbone, avec des actifs soumis à une vérification indépendante. Nous sommes fiers de la confiance que le Gabon nous témoigne en nous choisissant comme partenaire pour cette transaction inédite en Afrique », a déclaré Nathan Dixon, vice-président chargé des produits environnementaux à SEFE.
Sur le plan financier et institutionnel, les modalités de gestion des revenus constituent un autre enjeu majeur. Selon les précisions communiquées, les recettes revenant à l’État seront cantonnées jusqu’à l’entrée en vigueur du cadre réglementaire national. Ce dispositif doit notamment définir les mécanismes de gestion et de répartition des ressources, y compris la part destinée aux communautés.
Cette disposition vise à encadrer l’utilisation des revenus issus de la commercialisation des crédits carbone et à garantir que les populations qui contribuent quotidiennement à la préservation des forêts puissent également bénéficier des retombées de cette activité.
Antoine Relaxe
