3 quartiers : en entendant les bulldozers, les derniers occupants se précipitent

L’ultimatum de la Direction générale du patrimoine, largement relayé par Gabon 1ère, la télévision d’État, est pris très au sérieux. Depuis ce matin, les derniers occupants des résidences vouées à la démolition dans les cités 3 Quartiers et 90 Logements font leurs baluchons.

La nuit a été très courte pour les téméraires qui résistaient encore, malgré l’ordre de libérer les lieux qui avait expiré depuis juin 2025. Et pour cause : la capitale a été secouée par une pluie diluvienne, une difficulté de trop pour ces « squatters » qui devaient vider les lieux très tôt avant l’arrivée des engins de démolition.

Résolus, tous se sont exécutés dès les premières heures de la matinée. Selon un reporter de Gabonactu.com, chaque occupant s’attelle à sortir ses effets personnels : vieilles valises, matelas usés, bouteilles de gaz et autres mobiliers marqués par la précarité, à l’image de l’insalubrité des locaux où ils survivaient en plein centre-ville.

46 ans d’histoire

Construits dans les années 1970, les logements des 3 Quartiers et ceux des 90 Logements ploient aujourd’hui sous le poids de l’âge. Laissés à l’abandon par l’État, propriétaire des lieux, ils sont devenus une menace pour leurs occupants, selon la Direction générale du patrimoine, chargée en théorie de leur gestion, mais dont l’action est jugée défaillante.

Ces logements avaient été construits pour accueillir les enseignants étrangers « importés » par le pays afin de soutenir le système éducatif gabonais, qui manquait alors de main-d’œuvre qualifiée. Le Gabon vivait à cette époque l’âge d’or de son pétrole.

Un symbole des années Omar Bongo et du pétrole en voie de disparition © Gabonactu.com

Le déclin de l’or noir a toutefois refroidi ces ambitions. Les contrats des expatriés ont été progressivement résiliés et les fonctionnaires gabonais ont pris le relais dans ces logements. Mais aucune politique d’entretien durable n’a été mise en œuvre. Conséquence : aujourd’hui, la quasi-totalité des bâtiments est en ruine.

Détruire ou réfectionner : la polémique enfle

Le gouvernement a annoncé la démolition de l’ensemble des bâtiments. Une polémique est toutefois née dans l’opinion : pourquoi ne pas réhabiliter ces logements afin de préserver une architecture qui fait partie de l’histoire urbaine de la capitale ?

Pour certains observateurs, la réfection présenterait davantage d’avantages que la démolition. Le pouvoir lui-même a récemment donné l’exemple avec la rénovation du camp de police de Libreville, actuellement en pleine cure de jouvence.

L’administration se défend en affirmant que le projet prévoit d’augmenter considérablement la capacité d’accueil. Là où se trouvent actuellement une centaine de logements, il serait question de construire plus de 500 nouveaux appartements.

Reste que les Gabonais ne sont pas encore habitués à la vie en hauteur. Piler les feuilles de manioc, étendre le linge dans la cour ou encore gérer les conflits de voisinage sont des habitudes de vie qui s’accordent difficilement avec les contraintes des résidences verticales.

Carl Nsitou

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Vous aimez l'article? Merci de le partager.